02.05.2009
La Cagnotte, Eugène Labiche, en mai au TNS
Léonida — Ah ! Ça ! Joue-t-on, oui ou non ?
Scène 1, Acte I
À la Ferté-sous-Jouarre, les notables ont pour habitude de se réunir pour jouer aux cartes. Chaque fois que l’un d’entre eux étale un brelan, il met un sou dans la cagnotte. Un soir, ils comptabilisent leur trésor (qui donc a osé y mettre des boutons ?) et décident de s’offrir une journée à Paris. Piégés dans un engrenage infernal de situations tragiques et urbaines et de quiproquos, les personnages se confrontent, ahuris, à la ville de Paris.
Certains se découvrent des désirs aussi vastes que le nouveau monde qui s’ouvre à eux. D’autres se voient sombrer et font figure de naufragés plus ou moins volontaires.
Un piano. Des chansons comme de la musique de chambre. Des tables et des chaises, qui, de points d’ancrage, vont devenir obstacles. Dans un dispositif bifrontal, Julie Brochen nous fait plonger au coeur de cet univers bouleversé, où le rire est nécessaire et salvateur. Ce spectacle a été fondateur de son travail et des Compagnons de Jeu, compagnie qu’elle a dirigée depuis, et qui fête ses quinze ans : une fin et un début, un prolongement.
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15.12.2008
A propos...
Paroles de Jean-Luc Lagarce
Extrait de Du luxe et de l’impuissance,
Les Solitaires Intempestifs pour la Revue d’esthétique, mars 1994
Raconter le Monde, ma part misérable et infime du Monde, la part qui me revient, l’écrire et la mettre en scène, en construire à peine, une fois encore, l’éclair, la dureté, en dire avec lucidité l’évidence. Montrer sur lethéâtre la force exacte qui nous saisit parfois, cela, exactement cela, les hommes et les femmes tels qu’ils sont, la beauté et l’horreur de leurs échanges et la mélancolie aussitôt qui les prend lorsque cette beauté et cette horreur se perdent, s’enfuient et cherchent à se détruire elles mêmes, effrayées de leurs propres démons. Dire aux autres, s’avancer dans la lumière et redire aux autres, une fois encore, la grâce suspendue de la rencontre, l’arrêt entre deux êtres, l’instant exact de l’amour, la douceur infinie de l’apaisement, tenter de dire à voix basse la pureté parfaite de la Mort à l’oeuvre, le refus de la peur, et le hurlement pourtant, soudain, de la haine, le cri, notre panique et notre détresse d’enfant, et se cacher la tête entre les mains, et la lassitude des corps après le désir, la fatigue après la souffrance et l’épuisement après la terreur.
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Variations Lagarce au TNS
© Franck Beloncle
Variations / Lagarce
Paroles d’acteurs
Du vendredi 5 au samedi 20 décembre 2008
Du mardi au samedi à 20h
Les dimanches à 16h
HORAIRES SPÉCIAUX permettant de voir L’Échange à la suite de ce spectacle
Le samedi 13 à 16h et 20h et le samedi 20 à 16h
Relâche les lundis
Hall Kablé
Julie Brochen a réuni dix jeunes acteurs et les a invités à explorer avec elle l'écriture de Jean-Luc Lagarce à travers deux de ses pièces : Derniers remords avant l’oubli et Juste la fin du monde. Des personnages qui "reviennent de loin" sont venus pour tout dire. Les conflits intérieurs s'étalent augrand jour. Leur obsession de se faire entendre, qui les rend sourds, fait d'eux des personnages de tragi-comédie moderne. Une quête de la vérité, qui donne lieu à des échanges d'une drôlerie féroce.
Les fables
Derniers remords avant l’oubli
C’est un dimanche à la campagne, au milieu des années 80, dans une maison où trois des personnages ont vécu quinze ans plus tôt une histoire d’amour, une révolution des moeurs. Puis, ils se sont séparés. Pierre vit toujours en solitaire dans cette maison. Hélène et Paul se sont mariés séparément, ailleurs. Ce jour-là, ils reviennent, avec conjoints embarrassés et enfant insolente, pour débattre de la vente de la maison, naguère achetée en commun et qui a pris de la valeur, car ils ont besoin d’argent. Mais sont-ils seulement venus pour cela ? Il y a dans les placards des cadavres.
Jean-Pierre Vincent
À l’occasion de la création de Derniers remords avant l’oubli
(Théâtre de l’Odéon - 6 février 2004)

Juste la fin du monde
Louis, âgé de 34 ans, revient dans sa famille pour annoncer sa fin programmée. Mais ce retour provoque chez ses proches de tels règlements de compte qu’il n’arrive pas à communiquer avec eux et qu’il repart comme il est venu, sans avoir rien dit, plus solitaire encore face à la mort. Selon la méthode d’approche des textes dramatiques de Michel Vinaver dans Écritures dramatiques, il n’y a pas à proprement parler d’événements ni d’actes qui conduisent à la réalisation d’un objectif dans la pièce. Louis ne parvient pas à dire la raison de sa venue. Ici la parole est le sujet de l’action : le travail de la parole fait assister en direct à la création des personnages. Il rend compte du rapport des personnages au monde et des rapports entre les membres de la famille. Le retour de Louis libère entre les membres de la famille une parole qui n’a pu se dire auparavant et qui ne se redira jamais. Le personnage de Louis montre la nécessité de la parole à l’autre, même si ce dernier ne répond pas. Et c’est Antoine, le personnage qui parle le moins, qui finalement tiendra les propos.
Dossier Pièce (dé)montée,
CRDP Académie de Paris, novembre 2007
Je recomande vivement. Ces variations nous ramènent à soi dans ce que sa propre histoire a d'universel...et d'unique. Parfois dérangeant, toujours dense, très authentique. Une écriture comme un cri, un râle, âpre et sans concession; d'une rare objectivité sur l'incommunicabilité entre les êtres. "On dit tout. Tout ce qu'on veut. Et pas un mot de vrai nulle part." Beckett
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01.11.2008
Andromaque au TNS, octobre 2008
Hé quoi ! Votre courroux n’a-t-il pas eu son cours ?
Peut-on haïr sans cesse ? Et punit-on toujours ?
La guerre de Troie vient de prendre fin dans un bain de sang. Le jeune Astyanax, fils d’Hector et Andromaque, a échappé par un subterfuge à la mort. Lui et sa mère sont les captifs de Pyrrhus. Seul descendant d’Hector, la question de son destin divise les Grecs. Pyrrhus, qui souhaite épouser Andromaque et devenir le père adoptif du jeune fils d’Hector, propose une définition nouvelle de la société, jusqu’alors enfermée dans un univers familial archaïque, où la vengeance est loi.
Pour Declan Donnellan, Andromaque parle avant tout du lien enfants/parents. En donnant corps à Astyanax, personnage hors-scène dans la pièce de Racine, il place la vision de l’avenir au coeur des confrontations. Comment se forger sa propre histoire, trouver son identité, lorsqu’on est issu d’une illustre lignée ? L’amour s’exerce comme le pouvoir, se réclame comme un dû. L’orgueil à vif, les personnages ne maîtrisent pas leurs pulsions sensuelles et destructrices. Leur pensée n’est qu’une succession de volte-face. De ce chaos naît, surprenant, l’humour subtil de Racine que révèle le metteur en scène anglais. Après Le Cid de Corneille, Andromaque est son second spectacle en français. Dans un espace nu, intemporel, son travail se base avant tout sur l’interprétation des acteurs. Il met en avant leur capacité à sans cesse réinventer, dans l’instant présent, l’articulation d’une pensée d’où jaillissent les vers de Racine.
www.tns.fr
Le théâtre de Racine est toujours fabuleux, même lorsque les partis pris scénographiques peuvent choquer. Et ce fut le cas me concernant. Racine, ce n'est pas qu'un texte. C'est un esprit, une vision de l'Humain et des sentiments qui l'animent. Aussi n'est-il pas possible de dévoyer son intention sans tomber complètement à côté de la pièce que l'on souhaite représenter. J'ai dès le départ été choquée par ce que le metteur en scène avait "fait" du personnage d'Hermione: une vulgaire hystérique à la voix dans les aigus, manipulatrice qui plus est. Impossible de tenter de la comprendre tant elle agaçait. En rentrant chez moi, je me suis demandée s'il ne s'agissait pas d'une autre lecture possible du personnage, j'ai alors relu la pièce. Et je persiste. Celle qui déclame "Je t'aimais inconstant, qu'aurais-je fait fidèle?" est une amoureuse, dans ce que cet état a d'absolu et d'irrationnel. D'immense et d'incompréhensible. D'entier et de terriblement humain. C'est cela, à mon sens, ce que Racine n'a de cesse de peindre dans son théâtre: la grandeur et la noblesse des sentiments poussés à leur paroxysme, et la manière dont l'adandon de l'être à ces mêmes sentiments l'exclut parfois de la normativité. Racine méconnaît l'hystérie; il méconnaît la bassesse. Présenter Hermione en érotomane autocentrée taillait la part belle au personnage d'Andromaque, certes, et après...
Pour moi cette représentation fut un rendez-vous manqué...
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07.02.2008
Edouard II, de Christopher Marlowe, au TNS

« Edouard II est roi. fils de. Le pouvoir est en lui. Héritage. Mais Edouard est envahi par une profonde volonté d’être et n’a pour lois que ses désirs. Il dirige le pays au rythme de sa passion. De ses pulsions érotiques.
Il est la transgression. Libre de choisir des amants et de les choisir parmi les « sans titre ». Son intime mène le monde. En toute conscience. Avec arrogance. C’est compter sans les barons. Mortimer et les siens, sa femme bafouée veulent rétablir l’ordre social. L’ordre moral. Gouverner selon les règles.
Dans Edouard II, il n’est question que de pouvoir. De violence des désirs. Tout est excès, jouissance, démesure et désordre, révolution. Pour le dire, les mots de Marlowe sont tranchants, concis, ses phrases sont brèves, offensives. Tout va vite. Le pouvoir est lunatique. Le temps avance. Edouard II c’est un cri. Contre l’autorité. Contre les hommes et leur volonté de puissance. Le cri d’Edouard empalé entendu dans toute l’Angleterre.
Le pouvoir convoité à mort, le sang, la machination, le sexe, la mort sous la torture, font le quotidien de la vie de Marlowe et son histoire proche. […]
Qu’ils aient des fraises ou des cols blancs, les hommes ont bien les mêmes dispositions pour s’attraper au collet ou se pendre par la cravate. Même désir de pouvoir. Je choisis les cravates et les dossiers piés sous le bras. Mais n’oublie pas la simplicité du carnage des siècles de notre histoire. »
Note d’intention d’Anne-Laure Liégeois, metteur en scène et scénographe
Très grand moment de théâtre. Une mise en scène ciselée, une scénographie épurée à l’extrême, tout était au service d’un texte d’une très grande qualité, et d’un propos plus que contemporain. Les rapports de pouvoir dans leur plus simple (et cruelle) expression. Trois heures que l’on ne voit pas passer.
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15.01.2008
Édouard II de Christopher Marlowe au TNS, du 25 janvier au 1 février 2008

Présentation issue du site du TNS. J'y vais début février, mais si vous avez déjà des avis...je prends...
Amis, où doit aller le malheureux Edouard ?
Faut-il que je sois traqué comme l’oiseau de nuit
Dont la vue est odieuse à tous les autres oiseaux ?
Contemporain de Shakespeare, assassiné à 29 ans, Marlowe ne cachait ni son homosexualité ni son manque de foi. En choisissant l’histoire d’Edouard II et de son amant débauché Gaveston, c’est aussi du scandale qu’il fit la matière de sa dernière pièce. Scandale d’un roi dont l’érotisme régit la politique, scandale d’une préférence amoureuse pour les « sans titre », scandale de la mort infamante d’un souverain croupissant dans les égouts et sodomisé avec un tisonnier brûlant. Mais face au scandale de la jouissance au pouvoir, il en est un autre : celui de la realpolitik qui aura raison d’Edouard. Gaveston sera égorgé dans un creux de chemin, et le roi aura beau supplicier les coupables, il finira lui-même liquidé de la façon la plus atroce... Pour Anne-Laure Liégeois, ce que Marlowe puise dans la nuit des pulsions, c’est avant tout une immense affirmation de liberté. Séduite par son imaginaire sombre, mais tout autant par ses phrases brèves, ses mots tranchants, son lyrisme sans sentimentalité, elle entend Edouard II comme un cri contre l’autorité et la volonté de puissance.
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Massacre à Paris de Christopher Marlowe, au TNS du 11 au 18 Janvier

Présentation issue du site du TNS. J'y vais ce soir et soumettrai ma critique très bientôt.
Armée de ce droit d’agir pour le Bien contre le Mal, ma politique s’est maquillée en religion.
22 août 1572. À la veille de la nuit de la Saint-Barthélémy, l’union entre Henri de Navarre et Marguerite de Valois, future reine Margot, doit sceller une nouvelle alliance entre huguenots et catholiques. Secrètement allié avec la reine-mère de France, le Duc de Guise est le mandataire de ce massacre, qui va enclencher, entre meurtres en série, intrigues de palais et machinations machiavéliques, 17 ans de guerre civile et une panoplie légendaire d’exécutions et mises à mort des plus variées.
Dans ce texte « morcelé » de Marlowe, seul poète de l’époque dont l’art se révèle capable de rivaliser avec la plume de Shakespeare, l’auteur élisabéthain condense cette tranche d’Histoire en trente-quatre personnages et ajoute à sa galerie de tyrans, son génie du mal le plus réussi : le Duc de Guise, incarnation de la jouissance mauvaise du Pouvoir. Le metteur en scène Guillaume Delaveau, avec sa troupe de douze comédiens, s’approprie cette tragédie politique, son montage rapide et son art puissant de la condensation, pour parler d’une mécanique plus prosaïque, mais non moins théâtrale : celle des rouages sanguinaires de la lutte du pouvoir et du politique maquillé en fanatisme religieux.
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12.11.2007
Road to nowhere, prochain spectacle au TNS, du 6 au 15 décembre 2007
Extrait programme ci-dessous
voir le site: www.tns.fr
Here are old people saying :”Look at me!
Listen to me! It’s an amazing thing!
None of us ever expected to be doing this
at this time of our life. It’s wonderful!“
Voici des gens âgés qui disent :
« Regarde-moi ! Écoute-moi ! C’est extraordinaire !
Nous ne nous attendions pas à faire ça
à ce moment de nos vies. C’est merveilleux ! »
Ils ont entre 73 et 92 ans, ils sont Born in the
USA – comme dans le song de Springsteen -
et chantent les tubes fédérateurs des sixties
jusqu’aux nineties, s’acheminant sur les
notes des Talking Heads vers « La route de
nulle part ». Émouvant mélange d’ancien et
de moderne, ce « choeur antique » revisite les
mélopées bien contemporaines du rock et de
la pop. Dans les cordes vocales de ces grandsparents,
les lyrics de toute une génération
se patinent d’un sens nouveau : avec Jealous
Guy des Beatles, ils nous rappellent que
la passion n’a pas d’âge, avec les Rolling
Stones, que What a drag it is getting old et
avec Dylan, ils nous souhaitent avec grâce
et humour de rester Forever Young, comme
eux, qui à 92 ans veulent encore marcher
avec Lou Reed « on the Wild Side ».
Fondé en 1982 par Bob Cilman à Northampton,
Massachussetts, le Young@Heart
Chorus est « orchestré » par Roy Faudree,
comédien fétiche du Wooster Groupe, une
des compagnies les plus novatrices de
l’avant-garde new-yorkaise. Voici donc un
Chorus enthousiaste d’anciens « vétérans » :
certains ont connu deux guerres mondiales,
il y a même la veuve d’un combattant du
conflit de 14-18, autrement dit la mémoire
de tout un siècle condensée dans cet hymne
musical à la vie, pied de nez subversif et
impertinent à la mort et à la maladie.
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Le Roi Lear, par J.F. Sivadier

« Le Roi divise son royaume en trois parts, qu’il destine à chacune de ses trois filles. Avant de procéder au partage, il leur demande de lui faire, publiquement, une déclaration de leur amour filial, en échange de quoi (et selon la qualité du texte), elles se verront attribuer une part plus ou moins opulente.[…] Les deux ainées prennent la parole est reçoivent immédiatement leurs parts.
Le Roi demande à la cadette ce qu’elle peut dire de son amour pour obtenir un tiers du royaume peut-être plus intéressant encore que celui de ses sœurs. L’enfant à qui l’on dit : ‘Je te donne un cadeau mais embrasse-moi d’abord’ s’exécute sinon par amour, du moins dans le jeu de l’amour. On peut mettre en doute la sincérité du baiser mais pas sa théâtralité. Cordélia ne sait pas jouer la comédie. Cordélia, répond « rien ».
Le « rien » de Cordélia sonne comme une insulte, c’est un cadeau. Car si le Roi possède tout, il lui manque une chose essentielle : l’épreuve du manque. La connaissance non pas de ce qu’il représente et de ce qu’il possède mais de ce qu’il est. Sans sa couronne, ses terres et ses cent chevaliers, le roi est nu. Pour accéder à la connaissance, si la raison manque, rien ne vaut l’expérience. La voix de la raison, dans la bouche de Kent, est bannie du plateau. Il n’y a plus d’autre choix que celui de l’expérience. Celle du dénuement, du besoin, de la dépossession.
Lear est une histoire de territoires et de corps. De places et d’identités. Le Roi descend du trône et le monde se déplace. Le Roi dépose la couronne et personne ne reconnaït plus personne. Le Roi décide d’être partout et nulle part en même temps. Kent transforme l’exil en liberté, et chacun s’abîme. […]
La tempête efface définitivement les repères, dessine un paysage sans frontières où les paysages se confondent, où l’infiniment intime concentre l’univers tout entier, où les hommes tutoient les Dieux ou plutôt de petits « roseaux pensants » hurlent les pieds dans la boue vers un ciel vide. L’homme au centre d’une petite cour de fortune qui lui rappelle qu’il était le roi, et sans autre ennemi que le visage de sa propre honte, trouve dans la lande, dans l’immensité de ce rien que lui a offert Cordélia, dans ce temps libéré de toute mesure, riche et inefficace, les armes d’un poète pour relever le dernier défi qui l’attend avant de mourir : sa rencontre avec lui-même. La découverte que, dans le corps immortel et politique du Roi caché sous la couronne, respire le corps naturel et mortel d’un homme. […] »
Jean-François Sivadier, Metteur en scène, mars 2007
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Le Roi Lear, de W. Shakespeare, au TNS du 8 au 24 novembre

Jean-François Sivadier, metteur en scène et scénographe de la pièce, n’a pas dû lire le même Shakespeare que moi. Il me semblait que Le roi Lear était une tragédie. Aussi, les libertés prises par la nouvelle traduction (commandée pour l’occasion à Pascal Collin), et la mise en scène ont été pour le spectateur que je suis un peu douloureuses, notamment pendant la célèbre scène de la tempête -où Lear est seul face à lui-même et perd la raison- qui est jouée sur un mode comique assez inattendu. La légèreté du jeu, contrastant nettement avec la gravité du propos, a certes rendu les trois heures trente de spectacle plus digestes, mais l’on ne va pas voir un Shakespeare sans savoir à quoi l’on s’attend, aussi, j’avoue que cette volonté clairement affichée de moderniser le propos et la mise en scène ont gâché mon plaisir.
Me voilà devenue complètement réac…
Pour autant, il me faut admettre que l’intention est noble. Et efficace. Ne pas actualiser les grands classiques peut avoir pour conséquences de ne plus les voir joués, ou pire, appréciés par un public qui de prime abord n’a pas la résistance de supporter quatre heures de théâtre élisabéthain. Ni l’envie, et c’est respectable. En outre, j’ai été heureuse d’entendre le jeune public, très nombreux hier au TNS, apprécier le spectacle de manière attentive et participative. Si l’on ne veut pas dégoûter les nouvelles générations des œuvres classiques –voire les encourager à cultiver l’habitude de la fréquentation de ces œuvres-, il faut passer par la porte de l’actualisation du propos. De plus, je pense que nous n’étions pas beaucoup à avoir lu l’auteur dans le texte et à souffrir d’une forme de manque qui va au-delà même du plaisir d’initié. Enfin, bien que modernisé, le texte de Shakespeare perd assez peu de sa vigueur et de son intensité. Le propos de Shakespeare n’est pas moderne, certes, pourtant il est très éloquent d’un point de vue psychique, et ramène le spectateur à des questions métaphysiques qu’il aurait tort de s’épargner.
Un dernier mot, pour saluer la prestation de Nicolas Bouchaud, qui m’avait littéralement subjuguée la saison dernière dans La mort de Danton de Büchner, et qui recommence cette saison en campant un Lear magistral...
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