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28.07.2009
Puisque rien ne dure...
...et que c'est finalement tout l'intérêt de la vie.
De l’art d’écrire un point final lorsque l’on n’a jamais su dépasser le stade du point d’orgue, ou l’histoire d’un processus qui arrive à son terme lorsque l’on réalise que tout l’intérêt du voyage est dans le chemin parcouru et non dans l’atteinte de la destination finale. Comprendra qui voudra…
Lorsque j’étais enfant et que je m’isolais pour bouder à la fin des vacances, mon père me disait : « Audrey, toutes les bonnes choses ont une fin ». Et moi de répondre, de manière assez attendue : « Oui, mais… ». Il m’a fallu des années pour admettre que toutes les bonnes choses avaient effectivement une fin, et plus de temps encore pour réaliser à quel point c’était heureux, parce que cela impliquait que toutes les mauvaises choses en avaient une aussi. Everything ends, Actually.
Le processus global qui m’a fait débuter ce blog est arrivé à son terme depuis longtemps, et ledit blog d’en souffrir, n’étant plus alimenté que de façon poussive. Depuis plusieurs mois, je sais qu’il me faudra m’exprimer et mettre un terme à cette aventure à la fois égotique et futile. Mais je procrastine, activité dans laquelle j’ai désormais quelque expérience.
J’ai reçu aujourd’hui un mail de mon hébergeur m’indiquant que faute de renouvellement de mon abonnement, mon blog serait interrompu sous peu. Attendu que lorsqu’on est poli on dit au revoir (cela ne va pas de soi pour tout le monde), je ne voulais pas laisser ce blog disparaître sans un petit mot ; qui, c’est plus fort que moi, ne sera pas « petit ».
Les raisons de cette interruption sont multiples, naturelles, sereines et heureuses. La raison principale serait peut-être un goût prononcé et pas si soudain qu’il n’y paraît pour la vie. Parce que tout y commence, tout y finit, tout s’y succède, s’y superpose. Parce que les occasions manquées peuvent être des occasions saisies, parce que le chemin qui mène de la naissance à la mort peut être une expérience unique et épuisante, et qu’à mon sens le temps de la vie serait mal employé s’il ne l’était au plaisir… « Il vaut mieux rêver sa vie que de la vivre, encore que la vivre, ce soit encore la rêver », nous dit Proust. Un jour, sans m’en rendre compte, tout en laissant toute latitude à mes travers contemplatifs, j’ai réalisé que j’avais choisi la vie plus que le rêve. Les films plus que les critiques de films, les livres plus que les fiches de lecture, les aéroports plus que les albums photos de voyage, la Bretagne « en vrai » plus que les complaintes qui pleuraient le manque de mes falaises.
L’adage nous dit que les voyages forment la jeunesse. Je n’en sais rien, jeune, je n’ai pas voyagé du tout. Mais je peux aujourd’hui attester que mon addiction très récente aux tarmacs et aux longs courriers n’est pas qu’une manière de jouer l’art de la fugue. Les autres, l’Autre, sa découverte, son appréhension, nous rendent plus grands. Moins médiocres humainement, en tous les cas. Etre seul et petit dans un pays étranger et immense, qui parle une langue que l’on maîtrise à peine, et tenter d’y travailler et d’y donner le meilleur de soi donne toute son amplitude à la définition de modestie. Voir le regard invariable et serein de la personne que l’on aime dans le hall des arrivées, et savoir que chaque départ implique un retour, fait fuir toute angoisse d’un quotidien qui paraît alors une parenthèse enchantée dans une vie qui quoi qu’il en soit, aura toujours ses bons et ses mauvais côtés. Il y a aussi tous ces voyages immobiles, expériences artistiques, intellectuelles, littéraires, physiques, qui donnent une notion assez nette et souvent frustrante de la dichotomie dépassement de soi/frustration. Il y a enfin cette manière d’ « acheter la paix » sociale que l’on nomme la carrière, qui prend pour moi une tournure inédite, un peu surprenante et pas tout-à-fait assumée, au moment même où je termine ma thèse de doctorat. Où il me faut écrire le point final le plus difficile de mon parcours. Où il me faut accepter que le reste s’écrira sans moi…
Autant de raisons, de sentiments, d’événements, d’aléas, qui m’ont éloignée de la rédaction de ce blog. Je persiste à « donner mon avis sur tout », (mon grand drame, parait-il), mais je pense que de là à l’écrire il y a un chemin que je n’ai plus envie de parcourir. Le temps qu’il me faut pour rédiger une critique de film peut être employé à visionner un. Celui que je prends à parler d’un roman me prive de la lecture d’un autre. Tout n’est-il pas question de choix ? Et puisqu’on ne peut éviter toutes les contraintes (croyez-moi, j’ai tout essayé dans ce registre…), il s’agit de choisir lesquelles nous pèsent le moins. J’ai choisi.
Alors je dis au revoir à tout le monde : les lecteurs amicaux, les curieux malsains, les occasionnels, les proches qui regrettent de n’avoir plus de nouvelles, les indéterminés, et les gens qui comme moi, n’aiment pas qu’on les rangent dans une boite.
A ceux qui aimaient mes textes, ils n’auront pas de mal à les retrouver sur papier dans des revues spécialisées. J’écris toujours autant, mais sur des supports adaptés au contenu de mes écrits. Les lecteurs « scientifiques » trouveront aisément les actes des colloques auxquels je participe dans les bibliothèques.
Aux curieux malsains, qui se délectent de mon actualité pour animer leurs soirées entre gens de bonne compagnie, je ne dirai rien. Je suis certaine qu’à défaut d’être assez intelligents pour s’occuper autrement, ils trouveront d’autres fleurs pour faire leur miel. Ils auront par ailleurs toute ma compassion quant à la vacuité de leur existence, dès lors que j’aurai du temps à employer à cela.
Les occasionnels, qui aiment comme moi la littérature, le cinéma, la danse classique etc…, connaissent des sites spécialisés et de très grande qualité qui valent bien mieux que mon blog amateur.
Quant aux proches, s’ils sont proches, et qu’ils le sont vraiment, il n’est nul doute que nous décrochons nos téléphones régulièrement. Et si je ne le fais pas assez, ou pas assez bien, j’accepte que l’on m’en fasse la remarque.
Aux indéterminés, merci du détour.
Merci à tous, d’ailleurs. Parce que l’on n’est soi que dans son rapport à l’autre. Et que quel que soit le type de rapport, c’est toujours une expérience qui fait grandir, dès lors que l’on accepte le fait d’être perfectible…
Je terminerai par un mot de mon compagnon d’infortune préféré : « On dit tout, tout ce qu’on veut, et pas un mot de vrai nulle part ». Beckett

