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27.02.2009

Swift everywhere...

number5.jpgParfois, certaines rencontres sont de l’ordre du merveilleux, et donnent lieu à des moments de grâce qui laissent penser que, peut-être, si l’on sait reconnaître les délices de la vie, elle nous laisse les saisir… Hier soir j’ai vécu un de ces moments hors du temps, parenthèse enchantée dans une journée particulièrement laborieuse. Deux colloques internationaux à préparer, la grippe, une vilaine fièvre, l’horloge qui me rappelle que je suis très en retard, le tout ponctué des ronflements de mon chien. Dantesque…

Une amie m’interpelle vers 20h00 sur un chat au sujet de mon prochain périple à New York. Nous parlons alors de notre goût commun pour Woody Allen, échangeons à bâtons rompus au sujet de nos films préférés, nous remémorant des scènes précises, insistant sur ce qu’ils ont changé dans nos vies respectives, ce en quoi ils nous ont transformées, ce en quoi ils nous rassurent… Nous les avions tous vus. En parlant d’eux avec gourmandise, c’est de nous dont nous parlions en creux. Et nous avions manifestement des envies d’encore…
J’ai alors fait part à cette amie d’un de mes rituels de voyage. Où que j’aille, j’emmène avec moi un livre, unique, choisi méticuleusement, sacralisé, qui rythmera les temps morts qui ne le seront donc jamais. Je ne choisis pas n’importe comment. Lors de mon premier colloque aux Etats-Unis, j’étais tellement sidérée d’être retenue pour donner une conférence que j’ai emmené avec moi Alice au pays des merveilles de Lewis Caroll. Je me sentais comme Alice tombée dans le terrier du lapin blanc, et appréciais le vertige… Au Canada, il y a quelques mois, j’ai voyagé avec Echenoz, Je m’en vais. Et j’ai offert mon exemplaire à la confrère, devenue amie, qui m’a raccompagnée à l’aéroport de Toronto, et que j’ai eu de mal à quitter. Précisément, je m’en allais, et ce livre lui revenait.Pollock-Number-One-1948.jpg

Dans quelques jours, mes pérégrinations universitaires me reconduisent à Montréal et Providence, afin d’y travailler, et mon luxe ordinaire m’emmène une petite semaine à New York, que je n’ai fait qu’effleurer l’an dernier. Je me suis donc mise en quête d’un compagnon de papier, qui serait le témoin du froid du sommet de l’Empire State Building, des mes trajets sur la Greyhound, se reposerait avec moi au restaurant du MoMA et souffrirait les traces de muffins improbables à Soho. C’est alors que mon amie me cite Swift « Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on le peut reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui ». Le glas avait sonné, ce serait La conjuration des imbéciles, de John Kennedy Toole, auteur suicidé en 1969, à l’âge de 32 ans parce qu’il se croyait écrivain raté. Son roman, publié par sa mère en 1980, s’est vu couronné par le prix Pulitzer.

Ce matin, j’envoie une invitation à l’une de mes conférences à une connaissance de longue date, qui me demande à la suite de cet envoi de retirer son adresse de ma mailing list. J’obtempère et me risque à lui demander en quoi une invitation courtoise à une conférence d’art contemporain a pu l’agresser à ce point. Un rien cynique (Je suis une fausse gentille), je m’excuse au passage de n’avoir pas eu l’intelligence de déduire que l’art, ainsi que tout ce qui ne génère pas d’argent, était pour lui fatalement dénué d’intérêt. « Exact, rétorque-t-il, il faut de tout pour faire un monde, des gens qui produisent de la richesse pour pouvoir partager et payer les innombrables acquis sociaux et d’autres qui sont payés à penser. » Le plus drôle, dans l’histoire, si l’on goûte l’humour noir, est le constat suivant : la personne avec laquelle je parle de Spencer Tracy, de Woody Allen, qui cite Swift et me donne des conseils de lecture, exerce sensiblement la même profession que l’individu qui, si je lui en avais laissé l’occasion, m’aurait fait une démonstration très pragmatique de l’inutilité de la culture dans notre société. Il y en a un des deux qui est mieux dans sa peau que l’autre, je vous laisse deviner lequel…

Images: Number 5 et Number 1, Jakson Pollock

19.02.2009

Conférence de AHF, le 2 mars 2009, 19H30 Galerie Quédar "Emil Nolde: rétrospective"

Nolde.jpgEmil Nolde: rétrospective

Les galeries du Grand Palais on accueilli ces derniers mois une grande rétrospective consacrée à Emil Nolde (1867-1956). Cette année, avec Vlaminck au Musée du Luxembourg ou encore Rouault à la Pinacothèque de Paris, les Fauves et les Expressionnistes étaient à l’honneur. En organisant cette rétrospective Nolde au Grand Palais, on ne mettait pas seulement l’expressionnisme allemand en valeur, mais on rendait hommage à l’un des plus atypiques protagonistes du genre. Atypique, dérangeant, controversé : autant d’adjectifs qui définiraient aussi bien le personnage que le parcours pictural. Après un bref passage par le groupe expressionniste Die Brücke, une forme de rejet de l’influence de Van Gogh l’en fait fuir. Successivement rejeté de la Sécession et de la Nouvelle Sécession, les ruptures avec la communauté artistiques sont légion. Emil Nolde rêvait d’un autre type de communauté qui aurait associé Matisse, Munch ou encore Holder. Il se voit et se pense comme un vrai représentant de la modernité allemande, jusque dans les dérives qui l’amèneront –comme d’autres- à adhérer au Parti Nazi dès 1933, avant d’être classé rapidement par ce même parti parmi les « peintres dégénérés ». Interpréter l’œuvre de Nolde n’est pas chose facile ; la réhabiliter auprès d’un public français qui la connaît très peu est tâche encore plus ardue. Mais au-delà des aspects techniques et contextuels de la peinture de Nolde, il y a du viscéral et du commotionnel dans ce qu’il donne à voir. Expérience dérangeante, mais indubitablement enrichissante. AHF

Plus de renseignements: http://quedar.free.fr/

16.02.2009

Citations du jour

Le plaisir est décevant, les possibilités jamais.

Sören Kierkegaard

14.02.2009

Ricercar, TNS, Strasbourg, Du lundi 02 février 2009 au samedi 21 février 2009

ricercar.jpgIl avait vu dans son sommeil,
ou bien rêvé...
que diable avait-il donc été capable de rêver...

Carlo Emilio Gadda - premières paroles du spectacle

Si l’on cherche la définition de Ricercar, on peut trouver « forme musicale composée d’épisodes juxtaposés traités en imitation » (de ricercare, « recherche » en italien).
Comme à son habitude, le Théâtre du Radeau invite le spectateur à embarquer avec lui pour une grande traversée de sensations, un voyage poétique. Ici, le théâtre n’est pas une représentation du monde, mais un lieu de passage, où tous les éléments interagissent les uns avec les autres. Une déferlante de textes, d’images, de musique et de silences, suscite l’émotion. L’espace est sans cesse bouleversé, offrant des perspectives mouvantes. Des mots, bribes de textes, jaillissent, dans plusieurs langues, pour se fondre, parfois, dans la musique. On pénètre dans un univers incandescent, abstrait, qui oblige la logique à se reconstruire en sensations. Comme dans un rêve, on perçoit tout, et on s’habitue, sans cesse surpris, à voir autrement.
Les écritures de Kafka, Chostakovitch, Gadda, Verdi, Berg, Villon, Sibelius, et d’autres se juxtaposent, se croisent, comme piliers oscillants de cette écriture du présent, un présent sans cesse en mouvement et toujours incertain. Depuis près de vingt-cinq ans, François Tanguy, avec le Théâtre du Radeau, s’est forgé, sur la scène nationale et internationale, une identité inimitable. Le mouvement, la sensation, sont les clés de voûte de son travail.

09.02.2009

Citation du jour

Les passionnés soulèvent le monde, et les sceptiques le laissent retomber.

Albert Guinon

05.02.2009

Citation de la nuit...

Bonheur : faire ce que l'on veut et vouloir ce que l'on fait.

Françoise Giroud

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