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31.08.2008
Citation du jour
La peur de vieillir abîme plus que l'âge.
Jeanne Moreau
Je suis mal barrée...
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30.08.2008
Citation du jour
Toute littérature est assaut contre la frontière.
Franz Kafka
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29.08.2008
Citation du jour
Le courage de la goutte d'eau, c'est qu'elle ose tomber dans le désert.
Lao She
Extrait de Quatre générations sous un même toit
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21.08.2008
New York, New York!

And now ladies and gentlemen...
Il m'a fallu une éternité pour prendre le temps de mettre mes photos de New York en ligne. Vous devrez attendre encore un peu pour celles de Providence, j'arrête pour aujourd'hui. Puisqu'il est impossible de laisser des commentaires sur les albums, je poste ce billet pour recevoir vos réactions, s'il y en a. Ca a été un crève-coeur de sélectionner une poignée de photos sur 700 clichés...
15:56 Publié dans Architecture, photographie, pour mes étudiants architectes INSA, Voyage | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
15.08.2008
Un dimanche au MAMC à Strasbourg...
INSTANTS ANONYMES 27l03l2008- 14l09l2008
L’exposition est un vaste album de famille reconstitué. Fragments de mémoires où l’inconnu se mêle au familier et les moments forts se conjuguent avec des instants de banalité. Les étapes d’une vie se confondent avec le quotidien, l’érotisme s’allie à la tendresse et à la complicité, l’émotion côtoie le rire et l’incongru. La banalité se fait complice d’un univers de formes nouvelles où l’amateur pratique un «art accidentel» au milieu d’instants anodins et souvent solennels. Les «ratés» photographiques alliés aux pratiques populaires de foire font surgir des torrents de souvenirs et d’histoires personnelles au travers d’images qui nous sont pourtant étrangères.
Ce parcours, construit autour de rapprochements formels et thématiques entre les images, sera également tourné vers la création contemporaine. Une vidéo de la documentation céline duval déclinera ses photographies au travers d’une ligne d’horizon mouvante, rythmée au gré des montées et des descentes progressives d’une marée d’horizons. Patrick Bailly-Maître-Grand proposera une mise en espace inédite des photographies de sa propre collection. Ces images, encadrées, associées et montrées de manière nouvelle sur un même mur, participeront d’une installation globale.
BALTHASAR BURKHARD 30l04l2008-03l08l2008
C’est d’abord comme photographe documentaliste à la Kunsthalle de Berne, dirigée par Harald Szeemann, que Balthasar Burkhard (né en 1944 à Berne) entre en contact avec l’art contemporain. Il commence à exposer son travail personnel à la fin des années 1970, travail fondé sur des partis pris très affirmés : cadrage serré et rigoureusement frontal. Procédant le plus souvent par séries : Pieds (1983), Genoux (1983), Torses (1984) de fragments du corps (genoux, pieds, bras…) isolés et parfois démesurément agrandis de façon à devenir figures. Ces images en noir et blanc, souvent très contrastées, offrent une façon nouvelle d’amener la photographie au tableau. Après les grands nus, constitués parfois de plusieurs photos assemblées (longs de 8 à 13 m), Burkhard a réalisé une série de photos de grandes métropoles. Prises d’hélicoptères, elles délivrent peu d’informations sur l’habitat ou l’urbanisme mais témoignent de la puissance et de la massivité du fait urbain. De l’infiniment proche à l’infiniment lointain, de l’intimité du corps aux horizons de l’Amazonie, Burkhard ne cesse d’affirmer le rôle explorateur de la photographie tout en proposant une autre idée de la photographie plasticienne. Son œuvre a fait l’objet d’une rétrospective au musée de Grenoble en 1999. L’exposition au Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg présentera la production la plus récente de l’artiste avec quelques incursions de pièces anciennes.
Les visiteurs réguliers de notre musée connaissent Balthasar Burkhard pour avoir vu ses paysages de Mexico (collections Mamcs) et ses Genoux (dépôt du Consortium), pièces d’architecture humaine exposées dès l’ouverture du musée. C’est aujourd’hui l’occasion de faire mieux connaître un artiste qui, s’attaquant aux genres traditionnels de la photographie, est prêt à dialoguer avec Courbet comme avec l’hyperréalisme d’un Franz Gertsch ou le minimalisme d’un Niele Toroni (pour ne citer que trois exemples récents).
L’exposition «Balthasar Burkhard-Reconnaissances 1969-2007» est accompagnée d’un catalogue publié par les Musées de la Ville de Strasbourg, ISBN: 978-2-35125-062-4, 144 pages, 35€.
12:25 Publié dans Actualité, Art, photographie, pour mes étudiants architectes INSA, So delicious!, sortir à Strasbourg | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
11.08.2008
Retour de Colmar : Da Silva, Stacey Kent et Yaël Naïm
Délicieuse soirée, ambiance intime, public concerné, artistes généreux et disponibles. Merveilleux moment.
Da Silva : 1m60 d’érotisme brut. Du concentré de sex appeal. De l’intelligence, aussi. De la sensibilité, surtout. Il est concrètement assez difficile de rester de marbre lorsque l’on voit un artiste de cette trempe évoluer sur scène… J’ai connu Da Siva par hasard il y a trois ans, aux Artefacts à Strasbourg. Il se produisait à la place d’un artiste qui n’avait pas pu venir. Drôle d’endroit pour une pareille rencontre. Drôle de moment, aussi. Je traversais une période assez déstructurante, et sa musique m’a fait ouvrir les yeux sur une forme de désespoir sublimée qui rend la douleur plus supportable. Qui la rend belle, en réalité. Depuis, ses paroles et ses musiques m’accompagnent et éclairent mon état d’esprit à différents moments de son évolution. Hier soir, j’ai pris plaisir à le revoir, à l’écouter avec un état d’esprit neuf, positif et énamouré. Des accents rock indéniables, un son acoustique un peu rugueux, un violon qui instille un romantisme désabusé, tout chez Da Silva n’est que l’expression d’une sensibilité à fleur de peau éminemment créative. Même lorsque sa chanson s’intitule « Tout va pour le mieux », les paroles contredisent toute volonté d’optimisme béat :
« Ça va bien, bien,
Tout va pour le mieux, bien
Cela ne fait rien, bien
De te dire adieu
Ça va bien, bien
Tu peux rentrer chez toi, bien
On se reverra bien, bien
On ne se reverra pas ».
Une manière de considérer la vie qui, même empreinte d’une tristesse lancinante, n’en est pas pessimiste pour autant. Pourquoi faudrait-il avoir honte de souffrir, de le vivre, de le dire, et d’admettre par là que l’on est un être humain ? Je comprends ce que je veux y comprendre, et c’est certainement le propre de l’art que de nous nourrir de ce dont nous avons faim. Merci Da Silva
Stacey Kent : La surprise de la soirée. Je connaissais Stacey Kent de réputation. J’avais probablement entendu certains de ses morceaux au détour d’un parcours jazzy, mais je n’avais jamais véritablement rencontré l’artiste. Du pur bonheur. Beaucoup de classe, d’élégance et de sensibilité dans un brin de femme à la fragilité aussi authentique que le timbre de sa voix. Soudain, la scène s’est muée en un club de jazz new-yorkais, je me suis souvenue de ma soirée à Harlem il y a quelques mois, et me suis demandée ce que je fichais à Colmar. J’ai été gênée par le fait d’être dans un amphithéâtre de plein air, loin de la scène, entourée de beaucoup de monde. J’aurais voulu être au Cotton Club ou au pire dans mon salon avec mon chien, buvant un Chardonnay en écoutant ces mélodies subtiles et raffinées. Une autre fois certainement
Yaël Naïm : Le coup de foudre du moment. Je pensais beaucoup de bien de cette artiste avant d’aller la voir. Et les quelques instants musicaux passés en sa compagnie ont fait bien plus que me conforter dans mon sentiment. De l’énergie, de l’autodérision, un vrai rapport sincère avec son public, et un talent absolument effarant. Yaël Naïm joue plusieurs instruments, écrit, compose, propose des reprises à la virtuosité au vitriol (Britney Spear, Toxic), et possède une tessiture de plusieurs octaves. Le tout saupoudré d’une modestie et d’une honnêteté propre à ceux qui ont galéré avant de percer, et qui sont encore aujourd’hui étonnés de leur succès. Authentique. Je signe.
10:55 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
09.08.2008
Broken English, de Zoé R. Cassavetes
Synopsis :
En parfaite new-yorkaise, Nora, la trentaine bien sonnée, s'est développée une carapace à l'épreuve de l'amour. Cynique et désenchantée, elle se demande ce qu'elle pourrait bien faire pour trouver l'homme idéal. Elle n'est pas vraiment aidée par sa mère qui ne perd jamais une occasion de lui rappeler qu'elle est toujours célibataire.
Après une série de rendez-vous désastreux, elle rencontre Julien, un français insouciant et joyeux, venu à New York pour travailler sur un film qui finalement ne se fera pas. Nora se laisse un moment convaincre par l'insouciance de Julien, mais redoutant un nouvel échec amoureux, elle se refuse d'y croire et le laisse repartir en France.
Prise de remords, elle décide finalement d'aller à Paris, espérant enfin conjurer le sort de son train-train quotidien. Ce voyage sera l'occasion de reprendre en main sa destinée...
Mon avis :
C’est compliqué…
Dans ce film, tout est compliqué pour tout le monde. Pour la réalisatrice, fille de Gena Rowland et de John Cassavetes (on eut peut rêver pire comme ascendance), qui porte le poids du nom et du talent de ses parents, et doit lutter pour se faire un prénom au milieu de frères et sœurs qui sont aussi du métier et d’amis (Sofia Coppola) qui ont su brillamment tuer le père. Pour les personnages du film, des trentenaires mal dans leur vie, qu’ils souffrent du célibat ou subissent le mariage. Pour le spectateur que je suis, qui n’a lu que de mauvaises critiques mais aime trop le cinéma indépendant pour se passer d’un opus du genre en plein mois de juillet, mais qui se trouve incapable d’écrire une critique convenable tant le film lui a laissé une impression contrastée.
Maintenant que j’ai prévenu, je peux y aller de mon commentaire sentimental et peu pertinent. Parce qu’à certains moments il faut choisir : se laisser aller à ses penchants sentimentalo-psycho-machins ou porter un regard critique sur la création. Si je n’étais que critique, je me désolerais du caractère convenu de la romance proposée par Zoé Cassavetes, je noterais les relents autobiographiques faciles et m’agacerais des grosses ficelles de la comédie romantique, que l’on décèle fatalement tant nous sommes repus du genre. Mais Broken English, c’est avant tout une ambiance. Un film que l’on va voir à la deuxième séance un soir de pluie dans un ciné de quartier. C’est un New York familier et intime, sans idéalisation, et des new-yorkais névrosés qui s’interrogent sur le sens de leur vie et la vacuité des relations amoureuses de la même manière qu’on pourrait le faire partout dans le monde, ou presque. Le propos est universel et criant de vérité, sans être cru une seule seconde. Parker Posey, égérie du cinéma indé américain, est parfaite dans le rôle de Nora, trentenaire désabusée et un peu larguée, qui, à trop chercher l’amour, finit presque par s’en écoeurer. Dréa de Mattéo campe sa meilleure amie, femme mariée de son état, partageant les mêmes penchants que son acolyte pour l’alcool et les somnifères. Preuve que le mariage ne répond ni à des attentes ni ne dispense des questions existentielles rebattues. Gena Rowland, fantôme du passé glorieux de la famille Cassavetes est absolument à sa place en mère bien comme il faut mais pas trop, et Melvil Poupaud trouve sa place dans l’interprétation d’un french lover à la sensibilité irréprochable. L’histoire se tisse au gré des plans fixes sur des acteurs authentiques et incarnés. L’identification ne rate pas, si c’est ce que l’on attend. Sinon, on se laisse porter par une espèce de mélancolie douce et lancinante, et on réalise que Zoé Cassavetes n’a pas filmé une comédie romantique. Elle se situe juste à côté de la figure imposée, comme ses personnages, juste à côté de leur vie, ou le spectateur, juste à côté de la réalité lorsqu’il sort de la salle obscure.
Un expérience comme je les aime.
13:20 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
Hancock, de Peter Berg
Une bonne idée, assurément. Un super héros irrévérencieux, porté sur la bouteille et ne jouissant pas d’une réelle cote de popularité auprès de ses contemporains, ça nous change des sempiternels éphèbes bien propres sur eux et juste assez bodybuildés pour faire frémir les Barbie girls de 13 ans. Certes, les derniers marvels ont proposé leur lot d’autodérision, de cynisme et de héros à la psychologie un peu plus qu’esquissée (Iron Man reste un très bon souvenir). Il n’en demeure pas moins que lorsque l’on va voir ce genre de films, on s’attend à ce que l’on va trouver, et que tout finit toujours pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.
Hancock a le mérite d’innover…les 30 premières minutes. Une entrée en matière prometteuse bien qu’à grand renfort de scènes d’action. Tout se gâte lorsque notre héros se laisse convaincre par un spécialiste des relations publiques qu’il peut améliorer son image. Voilà comment débute l’ennui profond qu’il va falloir supporter pendant les 60 dernières minutes… A cela s’ajoute une histoire sentimentalo-guimauve avec la sculpturale Charlize Theron, à qui le scénario ne laisse pas la possibilité de donner à son public une leçon d’Actors Studio. Et devinez quoi ? Tout finit pour le mieux dans le meilleur des mondes…fantasmé, cela va de soi !
Un moment insipide, c’est dommage…
13:15 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
05.08.2008
Valse avec Bachir, d'Ari Folman

D'emblée, les chiens sont lâchés, meute effrayante de molosses aux yeux jaunes qui voudraient tout déchiqueter. Scène d'ouverture époustouflante, cauchemar récurrent d'un ancien soldat qui se croit poursuivi par autant de chiens qu'il a dû en tuer lors de la première guerre du Liban. Décidément, le dessin animé n'est plus ce qu'il était : Valse avec Bachir est un film pour adultes, mû par une profonde inquiétude, conduit comme une psychanalyse. Qu'ai-je donc fait à Beyrouth, en septembre 1982, pendant le massacre perpétré par les chrétiens phalangistes dans les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila ? Ainsi se tourmente Ari, quadragénaire de Tel-Aviv à l'époque mobilisé dans l'armée israélienne. Ari, qui ne se souvient de presque rien, c'est l'auteur-réalisateur, Ari Folman.
Le documentaire aussi n'est plus ce qu'il était. Valse avec Bachir a été présenté au dernier festival de Cannes (d'où il est absurdement reparti bredouille) sous cette étiquette. Plus précisément comme un « documentaire d'animation ». De fait, il progresse à coups de témoignages d'anciens compagnons d'armes, auprès desquels Ari cherche à reconstituer ses souvenirs. En prises de vues réelles, cela ressemblerait sans doute à une honorable fin de soirée d'Arte, classique compilation d'entretiens filmés en plans moyens. Ari Folman ne s'en cache pas : le choix du dessin est celui de l'imaginaire, de la fiction, du spectacle.
Ce choix se révèle également fulgurant pour refléter la navigation du récit entre présent et passé, fantasmes et vérités, ou pour suggérer tour à tour la dilatation et la rétractation du temps. Non seulement les souvenirs d'Ari lui font défaut, mais les anciens soldats qu'il retrouve paraissent eux-mêmes flotter dans les eaux troubles de leur mémoire et d'images qu'ils ont (re)construites a posteriori. A l'écran, tout présente le même degré de réalité ou d'irréalité : les corps fatigués d'aujourd'hui et ceux, juvéniles, d'hier, les flashs mentaux et les épisodes avérés, les souvenirs et les scènes oniriques. Il faudra passer à un autre régime d'images (mais dans les dernières minutes) pour qu'une lumière aveuglante éclate.
Valse avec Bachir ne réserve pourtant aucune vraie révélation sur Sabra et Chatila et le laisser-faire coupable de l'armée israélienne lors des massacres. Ari Folman cherche avant tout à regarder enfin en face une vérité déjà accessible à autrui depuis longtemps. Sa quête est personnelle, et de cette dimension intime, commune à tous les témoignages recueillis, découle l'émotion spéciale provoquée par le film. Autour de la tâche aveugle des tueries de Beyrouth ressurgissent les années 80 d'une jeunesse banale, rétrospectivement bouleversante : le tube Enola Gay, d'Orchestral Manoeuvres in the Dark, les soirées en boîte et leur tension sexuelle, les odeurs de patchouli prisées alors par les jeunes Israéliens.
Pour ces garçons d'autrefois, l'expérience du front était éventuellement une façon de conjurer un manque de succès auprès des filles ou la blessure d'avoir été quittés par leur copine. L'un croit se souvenir de son trajet en bateau vers Beyrouth comme d'une croisière sur un yacht avec la fête à bord, une cuite et un rêve érotique titanesque sur le pont. En chacun et comme pour toute guerre, le maniement des armes - sensation de toute-puissance comprise - et le voisinage de la mort ont provoqué un dérèglement à long terme, la culpabilité d'avoir survécu, un renoncement aux ambitions d'avant le départ.
Il y a cette scène fil rouge, qui hante Ari comme une hallucination chronique, où lui et deux autres soldats émergent nus sur un rivage de Beyrouth, leurs armes à la main. Le ciel est illuminé de mèches embrasées. C'est un tableau équivoque, où les protagonistes pourraient aussi bien être victimes que bourreaux, suppliciés amaigris ou guerriers virils à la musculature sèche après l'entraînement. C'est l'image qu'Ari cherche à décrypter, à recomposer, à recharger de réalité. A la fin, cette image livre une signification historique importante, mais elle se laisse aussi regarder autrement : on peut voir les trois jeunes hommes comme des naufragés accostant un rivage inconnu de leur vie en ayant tout perdu, et d'abord leur innocence.
Louis Guichard
Télérama, Samedi 28 juin 2008
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La viste de la fanfare d'Eran Kourin
Un film qui s’intéresse à l’Humain. Qui s’attarde avec poésie sur tout se qui nous rapproche plutôt que sur nos différences. Un vrai petit bijou à tous les niveaux. Je conseille vivement, ça fait du bien . AHF
A l'heure où les négociations pour la paix ont repris entre Israël et la Palestine, ce premier film israélien qui cartonne dans les festivals se place résolument du côté de l'espoir et de la fraternité. Ne vous attendez pas cependant à un manifeste ronflant pour l'entente entre les peuples : malgré son sujet, les mésaventures d'une fanfare de la police égyptienne au fin fond du désert israélien, la fable est au diapason d'une petite musique sans cuivres ni roulements de tambour... Invitée à donner un concert en Israël, une petite troupe égarée se retrouve obligée de passer la nuit dans un bled. Avec leurs hôtes locaux, les musiciens communiquent en anglais ou, du moins, essaient.
Toujours à deux doigts de virer au fiasco, le périple de la fanfare n'a rien d'une histoire à rebondissements : ici, pas d'action, ou si peu. Tout repose sur un art du minimalisme qu'Eran Kolirin maîtrise à merveille, saisissant sans jamais insister des regards timides, des gestes inachevés, des soupirs d'embarras. Une scène en plan fixe est particulièrement réussie : échoués dans un dancing désert, le trompettiste de la fanfare, un jeune Israélien et une fille triste sont assis en rang d'oignons. Plutôt que d'expliquer au jeune homme la procédure à suivre pour emballer la demoiselle, le tombeur égyptien choisit la gestuelle : il pose sa main sur le genou du garçon, qui fait de même sur celui de la fille, avant de passer à l'étape du bras autour du cou, et ainsi de suite jusqu'à l'assaut final. Une technique de drague en formation accélérée avec application immédiate... L'effet visuel créé par la symétrie des mouvements est à mourir de rire.
Lointains cousins des personnages de Jacques Tati, les membres de la fanfare provoquent le rire parfois sans le vouloir, mais jamais à leurs dépens. Et si le cinéaste fait son miel des quiproquos linguistiques et des situations de gêne, il est aussi habile à rendre palpable le fluide magique de certains tête-à-tête. L'émotion tout en retenue des scènes intimes semble alors répondre aux séquences comiques, discrètement burlesques. Le film doit beaucoup à ses excellents acteurs. Star en Israël, Ronit Elkabetz est une présence magnifique, douloureuse et sensuelle ; quant à Sasson Gabai, le chef de la fanfare, il offre ici un époustouflant numéro d'équilibre, entre sévérité et tendresse. Invite à un humanisme du quotidien, La Visite de la fanfare combine exigence artistique et ambition populaire. Une formule qui pourrait bien se révéler tonitruante.
Mathilde Blottière
Télérama, Samedi 22 décembre 2007
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