22.07.2008

Citation du jour

71673362124dc5e23859c378c935fd21.jpg"On se toucherait bien, mais on n'arrive qu'à se donner des coups."

Jean-Luc Godard

21.07.2008

Indiana Jones opus IV

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Qu’on se le dise, la fête de la musique, c’est bruyant. Et quand on aime la musique, on n’apprécie pas forcément le bruit. Ni la foule en sueur. D’autant que dans certaines villes (pas dans celle où nous étions ce soir-là, cela dit…), il semblerait même plutôt qu’avec le temps, ce soient les muses bière, frites et merguez que l’on célèbre, plutôt que cette bonne vieille Euterpe. (Qui ça ? Je vous l’avais bien dit, quand, en plus, l’inculture s’en mêle…)
Bref, le soir était tout indiqué pour aller veiller à la survie de l’espèce dans un endroit insonorisé, ou se faire une toile dans une salle obscure. Ayant décidé arbitrairement que l’espèce pouvait attendre, Monsieur Brouillonsdeculture et moi-même sommes allés, nostalgiques, dubitatifs, mais un rien excités, voir le dernier Indiana Jones. Le risque de déception était assumé, ce n’est pas pour autant qu’à la sortie du cinéma, je n’ai pas eu envie de m’asseoir sur le trottoir pour écouter le « bruit », le regard fuyant et l’air hagard….

Je ne dirai pas à qui veut l’entendre qu’en marge de mes diplômes d’histoire de l’art j’ai une maîtrise en archéologie, parce que sa qualité intrinsèque vaut bien la peine qu’on l’oublie définitivement. Mais il se trouve que si j’ai usé mes fonds de culottes dans des bibliothèques à bosser sur Délos, Thasos ou une autre sombre cité qui ne dira rien au commun des mortels, Indy n’y est pas étranger. Et j’assume. Parce que je suis une vraie groupie. Et ça aussi je l’assume très bien. La vraie groupie, elle fantasme sur Harrison Ford, mais va suivre des cours d’hébreu cubique et de phénicien ancien, et se débrouille pour valider ses modules…

Alors que dire du film, si ce n’est qu’il m’a laissé un rien mutique. Bien sur, retrouver Ford en Indy vieillissant, flegmatique et sexy, n’ayant rien perdu de son charme, était fort agréable à l’œil et à l’imaginaire. Mais au-delà de cette réminiscence bénie, rien. Faut-il parler de la vacuité insondable du scénario, de la nostalgie à couper au couteau distillée à chaque plan, juxtaposant les références qui n’ont pour effet que de susciter un profond regret de la trilogie originelle ? Insister sur ce dernier opus qui n’est même pas un long métrage, mais plutôt un hommage mal ficelé sur le thème « nous nous sommes tant aimés » ? Faut-il mentionner l’enchaînement poussif et lassant des séquences d’action proposant cascades improbables sur chutes surréalistes, agrémenté d’une bande son assourdissante ? Est-il plus pertinent de parler de la surenchère sensationnaliste ou de l’avenir certain du fond bleu…
Sans compter l’impression parfois perturbante de se sentir dans un mauvais Star Wars, brassant une histoire d’amour à la guimauve et une paternité révélée tardivement, ou dans un remake d’E.T., substituant le vieux fond d’archéologie fantasmée qui faisait le charme exotique des trois premiers opus par une tentation extraterrestre mal à propos. A quand « Indiana Jones a marché sur la Lune » ?

Quoi qu’il en soit, j’ai appris de ce film ce que je savais déjà : Harrison Ford a bien raison de se taper une petite jeune (de 40 ans, certes, mais lui en a…66 ?!), il a encore de très beaux restes. Enfin, quand une expérience a laissé un souvenir impérissable et s’est sédimentée dans le fantasme, il ne faut surtout pas y retourner. On ne fait pas du neuf avec du vieux…
Après ça, la survie de l’espèce, elle pouvait bien attendre encore un peu…

Sagan, de Diane Kurys

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« Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous,
Seigneur, que tant de mers me séparent de vous,
Que le jour recommence et que le jour finisse
Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice ? »

Bérénice, Racine


Autant j’ai boudé le biopic d’Edith Piaf, La Môme, autant j’ai essayé d’aborder Sagan, de Diane Kurys, avec sérieux. Et pourtant, je ne parviens pas à en écrire une critique qui me convienne. Je m’étais laissé une semaine de falaises bretonnes pour aborder un maigre florilège de l’œuvre, n’ayant lu que Bonjour Tristesse, il y a de cela une bonne dizaine d’années. J’ai commencé par Dans un mois, dans un an, parce que ce titre était issu d’un vers de Bérénice de Racine, et qu’il s’agit là pour moi d’une référence récurrente dans ma vie littéraire et intérieure. Et je n’ai pas réussi à en venir à bout. Au revoir le florilège… Je ne sais pas réellement pourquoi, et je suis la première étonnée de ne pas réussir à adhérer à l’œuvre d’une femme dont la vie me parle autant. Mais la solution est peut-être dans le problème…

Lorsqu’il s’est agi d’écrire une critique de ce film, j’ai réalisé que j’avais envie de parler de Sagan l’héroïne héroïnomane, bisexuelle, dandy et libre dans l’acte comme dans le propos, ou de Sagan l’écrivain de 40 romans, pièces, et scénarios -la grande oubliée du film me semble-t-il- plutôt que du film du Diane Kurys lui-même. Le sujet occulte le support, et si cela n’a pas été un problème pour moi, qui y ai trouvé tout ce que j’y attendais, et suppléé les manques, c’est un problème en soi dans une œuvre cinématographique.

Que Sylvie Testud soit une des plus grandes actrices de sa génération, cela ne faisait déjà aucun doute. Qu’elle interprète une Sagan remarquablement ressemblante non plus. Mais on peut se demander si tant de mimétisme ne porte pas atteinte à l’interprétation, et de fait au travail du comédien. Mais c’est certainement le propre du biopic que d’entraîner l’acteur dans cette dérive. Le personnage de Sagan qui est ici offert au public est en outre attendu, et je ne suis pas convaincue par le fait que le béotien connaisse davantage ni la femme ni encore mois l’auteur en sortant du cinéma. Parce que pour le coup, si de la femme fantasque et de sa vie débridée rien ne nous est épargné, de l’écrivain, on entend assez peu parler dans ce film, qui ne préserve de rien, mais a néanmoins la décence de se garder du sordide ou du moralisateur, ce qu’il faut lui laisser.
J’ai pour autant aimé ce film, parce que j’aime Sagan. Sans la connaître, sans l’avoir suffisamment lue. Par intuition. Par proximité, peut-être. Par jalousie, certainement. Elle a su être ce qu’elle était et l’assumer à chaque instant, quoi qu’elle fût. Fut-elle changeante, d’ailleurs… Alors oui, sa vie était scandaleuse pour l’époque, est dépeinte ainsi dans le film, et le resterait même encore aujourd’hui peut-être pour la plupart des gens. Oui, elle est morte seule et en pleine déchéance. Mais au moins aura-t-elle vécu à l’unisson d’elle-même. Et l’on connait tant de vies industrieuses, droites, vertueuses et… ennuyeuses, qui ont subi la même issue déchue et solitaire, qu’il est aisé de préférer avoir vécu un peu avant que de mourir. Mais là je ne parle plus du film. J’avais prévenu… Pour y revenir, je dirais que j’ai aimé l’apparition de Palmade en Chazot touchant et imperceptiblement fragile, que par cette évocation j’ai senti le frémissement d’une époque qui a certainement conditionné la vie de Sagan, de son entourage littéraire et mondain, et que j’ai regretté le fait que rien dans le film n’aborde l’environnement social et politique qui aurait éclairé ces destins fulgurants mais pourtant bien ancrés dans une réalité que Diane Kurys préfère laisser hors-champ. Le film reste centré sur lui-même, et c’est dommage, car il aurait gagné à peindre une époque, cette époque, la dernière certainement, où un écrivain avait encore une légende…

Ce qui passe en boucle en ce moment...

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J’ai toujours pensé que les plus belles ballades étaient composées par les groupes de Hard ou de Metal. Les années 80, on ne s’en remet pas facilement. Je n’ai pas dû beaucoup évoluer en ce qui concerne les valeurs sures. Je pense soudain à Nothing else matters de Metallica, qui a de nouveau en ce moment la faveur de la sono à fond dans ma voiture, dernier espace de liberté, sur l’autoroute, où le fait que j’anticipe ma surdité ou mon aphonie ne dérange que moi… More than words, d’Extreme, est à mes yeux un titre un peu particulier, parce que précisément, il n’est que personnel. Souvent, telle chanson est associée à telle personne ou à tel moment d’une vie, ce qui en change la perception et pour ma part fait régulièrement des coupes sombres dans ma discothèque. En ce qui concerne More than words, ce n’est pas le cas. Je l’ai toujours écoutée depuis sa sortie, elle a traversé toutes les périodes, toutes les déceptions (les ballades, souvent, sont les meilleures amies des chagrins d’amour, même si je dois admettre que ce genre de séquence m’a épargnée depuis un certain temps…), et j’en pense toujours la même chose. More than words…
A écouter sur ce lien: http://www.deezer.com/#music/result/all/more%20than%20words
Ecouter la version accoustique, issue de "Monster Ballads"



Extreme

More than words



Saying I love you
Is not the words I want to hear from you
It's not that I want you
Not to say, but if you only knew
How easy it would be to show me how you feel
More than words is all you have to do to make it real
Then you wouldn't have to say that you love me
Cos I'd already know
What would you do if my heart was torn in two
More than words to show you feel
That your love for me is real
What would you say if I took those words away
Then you couldn't make things new
Just by saying I love you

More than words

Now I've tried to talk to you and make you understand
All you have to do is close your eyes
And just reach out your hands and touch me
Hold me close don't ever let me go
More than words is all I ever needed you to show
Then you wouldn't have to say that you love me
Cos I'd already know

What would you do if my heart was torn in two
More than words to show you feel
That your love for me is real
What would you say if I took those words away
Then you couldn't make things new
Just by saying I love you

More than words

Découverte: Henry David Thoreau

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Ce petit recueil d’aphorismes m’a été offert un soir de grise mine, en même temps qu’un Woody Allen, par un ami bien inspiré et d’une remarquable présence. Je ne connaissais pas ce Thoreau là. Occupée et préoccupée par d’autres choses, je l’ai laissé traîner sous la table du salon, puis l’ai ouvert une bonne quinzaine de jours plus tard. Et je n’ai pas regretté. Morceaux choisis, parfois à l’emporte pièce, mais c’est le lot des individus entiers que d’ignorer peut-être trop souvent le sens de la nuance… je préfère cela aux robinets d’eau tiède… :

"C’est une grande satisfaction de constater que ses plus anciennes convictions ne changent pas. Pour les choses essentielles, je n’ai jamais eu l’occasion de changer d’avis. L’aspect du monde varie d’année en année, tout comme un paysage est différent, mais je découvre que la vérité est encore vraie, et je ne regrette aucune des exaltations qu’elle peut m’avoir inspirées "

"La vie la plus positive que raconte l’histoire a toujours consisté à se retirer de la vie, à s’en laver les mains, à en comprendre la médiocrité et à ne pas s’en accommoder."

"Si je ne suis pas moi, qui le sera ?"

"Ne faites rien en obéissant simplement à une bonne résolution. Disciplinez-vous pour ne céder qu’à l’amour. Souffrez d’être attiré. Il est vain d’écrire sur des thèmes choisis. Nous devons attendre d’avoir allumé une flamme dans notre esprit. Il doit y avoir une force reproductrice et génératrice de l’amour derrière chacun de nos efforts pour réussir. La décision froide ne donne naissance, n’aboutit à rien. C’est le thème qui me cherche, et pas le contraire. La relation du poète à son thème est une relation amoureuse."


Quatrième de couverture :

Henry David Thoreau (1812-1862) voulait « vivre profondément et sucer toute la moelle de la vie ». Sa vie et son œuvre sont une école de philosophie et de spiritualité. L’auteur de Walden a pratiqué la « désobéissance civile », la « pauvreté volontaire » puis, e, se retirant du monde, l’immersion dans la nature pour trouver la voie de la liberté. Ses livres les plus fameux comme ses Journaux recèlent de merveilleuses formules et réflexions, élaborées la plupart du temps dans le silence plein de ses longues marches en forêt, qui portent en elles la quintessence de sa pensée et de sa sensibilité. Un choix original, comportant de très nombreux extraits inédits.

13.07.2008

Baignade autorisée

e255c36ea83b700f125bac6d33a2dc4b.jpgParfois, écrire est viscéral, et c'est là que l'introspection devient une mesure de survie. Pour trouver la force d'écrire encore. Brouillonsdeculture s'enterre un peu, pour retrouver ses mots, ses amis, ses amours, ses bouquins, sa thèse et ses frivolités... A bientôt

08.07.2008

Le boudoir dans la littérature ou l’architecture de l’intime

1fac0b9392097847b9a97d20962386b8.jpgArticle issu d'une communication donnée à Providence, Rhodes Island, USA, en mars 2008, dans le cadre d'un colloque qui associait littérature et architecture, ce qui se trouve être un de mes domaines de recherches. Ce fut une expérience fabuleuse, tant intellectuellement qu'humainement. La version proposée ici ne comporte pas les images adéquates et vous est livrée en MLA, Blogspirit ne supportant pas les notes infrapaginales. Si quelqu'un ressent le besoin d'avoir la version originelle et son iconographie, je suis disposée à la communiquer.
AHF



Le boudoir dans la littérature ou l’architecture de l’intime

S’il est admis qu’architecture et civilisation se parlent, le XVIIIème siècle est le théâtre d’un dialogue à bâtons rompus, notamment dans le domaine de l’architecture privée. En effet, l’habitation régule et codifie les rapports entre individus et entre les groupes. Aussi, lorsque du fait de l’évolution des mœurs, ces codes vinrent à être modifiés dans les usages, l’architecte prit acte des ces bouleversements en s’empressant de les traduire de manière formelle. L’intimité devenant progressivement une nécessité autant qu’une valeur, la gestion de l’espace intérieur fut bouleversé, et de nouveaux modules architecturaux isolés dans les grandes demeures aristocratiques. Naquirent alors de nouveaux espaces, autant de chambres, salons et cabinets, affublés d’une destination précise et d’une codification architecturale qui la laissait sous-entendre. Le boudoir est un de ces espaces « crées » par le Siècle des Lumières. Mais au-delà de cette réalité, il est aussi celui qui a nourri le plus de fantasmes littéraires et architecturaux, et a permis la rencontre, parfois même la synthèse de ces deux disciplines. Nous proposons de nous intéresser aux points de convergence et aux relations d’interdépendance que l’on observe en littérature et en architecture autour de la construction littéraire et/ou matérielle du boudoir. Pour ce faire, il nous faudra au préalable aborder les conséquences qu’a eues la « naissance de l’intime » sur les conceptions architecturales de l’époque en général, et l’aménagement des espaces intérieurs en particulier. Nous en déduirons l’apparition du boudoir dans la forme puis dans la lettre, en tâchant d’associer de manière systématique littérature romanesque et architecturale. Enfin, nous tenterons de discerner les relations complexes qui existent entre la doctrine sensualiste propre à l’architecture du siècle, et son illustration, voire son expérimentation, par le biais de procédés romanesques.


Le XVIIème siècle voit l’émergence d’un nouveau type de rapport à soi-même et aux autres. Apparaît alors dans les conceptions architecturales de l’habitat la notion de distribution, à savoir l’agencement des pièces les unes par rapport aux autres, qui donne un cadre à ce nouveau mode d’être et d’habiter. L’architecte commence à créer des endroits d’isolement afin de ménager l’autonomie des habitants en même temps qu’une certaine forme de sociabilité, que l’on peut appeler « choisie », par opposition à la sociabilité « subie » imposée alors par les usages. Le XVIIIème siècle admet cette notion de distribution comme étant partie prenante de l’architecture et l’érige en discipline à part entière, en témoigne la place de choix qui lui est réservée dans les traités d’architecture de l’époque. L’architecte Jacques-François Blondel va jusqu’à présenter la distribution comme le premier objet de l’architecture, et s’il existe les prémisses d’une théorisation de cette discipline avant les traités de l’architecte lui-même, ce dernier n’en sera pas moins le promoteur le plus fervent. Le siècle des Lumières met en effet à jour un besoin de plus en plus accru d’intimité, chaque individu prenant conscience de lui-même à travers un lieu propre, et c’est toute entière vers cette préoccupation désormais sociétale que les recherches autour de la distribution vont se tourner. Cette discipline étant relative aux modes de vie, la plupart des traités décrivent alors les dispositions architecturales en référence aux pratiques, aux besoins, et aux sensations, comme nous l’observons dans les traités de Blondel et de Nicolas Le Camus de Mézières. « Faisons régner l’illusion », « ménageons toute la magie de l’optique », préconise ce dernier (Le Camus de Mézières 3).


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L’intérieur aristocratique est le champ privilégié des innovations architecturales et de l’évolution des mentalités et des usages, le sujet qui nous préoccupe ne va-t-il donc pas déborder du cadre des classes très aisées de la population. Comme nous l’avons laissé entendre plus haut, le XVIIIème siècle est marqué par la création d’espaces dévolus à la vie de société intime, privilégiant la reconnaissance et l’autonomie de l’individu adulte, aussi voit-on des espaces sexués émerger de la division désormais voulue des espaces intérieurs. Avant d’expliquer les conséquences de cette partition, il n’est pas inutile de s’attarder sur la genèse du concept d’intimité au sein du foyer. Dans l’habitat bourgeois et aristocratique, au moins jusqu’au début du XVIIème siècle, la dissociation entre l’espace où l’on se tient et celui par lequel on passe n’existe pas. Jusqu’au XVIIIème siècle le partage de l’espace était d’ailleurs vertical et non horizontal. La promiscuité était la norme, la vie quotidienne de chacun se déroulant sous le regard de tous. L’isolement était matériellement impossible. Le Siècle des Lumières ne voit plus persister la salle aux multiples fonctions comme élément culturel, mais comme obligation matérielle: le groupe y domine l’individu, et les relations imposées occupent le devant de la scène. Les premières évolutions de l’habitat, passant par la spécification des pièces, s’observent en effet très nettement dans les demeures aristocratiques, par la présence de couloirs, le doublement des espaces de circulation, la spécification de la chambre et la création de pièces « intermédiaires ». Cette conformation nouvelle de l’intérieur aisé permet de faire le choix de l’isolement et de diversifier ses pratiques de la sociabilité. Les évolutions techniques permettent, mais ne dictent pas. « Habiter est un acte culturel autant que matériel », nous dit fort à propos Michelle Perrot (Perrot 8). Car si l’architecture ouvre la voie d’un nouveau mode d’habiter, elle ne fait que s’adapter à l’impulsion donnée par les mentalités du moment : elle se fait « suiveuse » pour répondre à un cahier des charges inédit, et non pas encore prescriptive. « Lorsque Philippe Ariès (historien des mentalités), met l’accent sur la vie ‘en représentation’ qui était celle de tous ces grands, c’est pour l’opposer à un besoin d’intimité dont on n’a pas preuve qu’il ait existé avant le XVIIIème siècle ou à une pudeur qu’on pouvait dire névrotique si elle n’était devenue aux XVIIIème et XIXème siècles une norme sociale », précise Jean-Luc Flandrin (Flandrin 93). On peut certes opportunément rapprocher ce nouveau besoin d’intimité des interdits induits par la Contre-réforme, mais force est de constater qu’au XVIIIème siècle, le souci des convenances préoccupe davantage que la crainte de la damnation. La morale religieuse est alors remplacée par le contrôle social.
Aussi l’espace interne de l’habitat bourgeois et aristocratique se voit-il morcelé en différents modules répondant chacun à un degré de sociabilité différent, respectant une parfaite symétrie homme/femme quant à l’espace alloué, symétrie qui s’observe parfois dans le plan de l’édifice lui-même. Ainsi naissent les cabinets et autres salons particuliers. Mais, comme nous l’avons mentionné plus haut, la distribution de l’édifice n’est pas neutre, et les pièces attribuées à la solitude ou à la sociabilité choisie répondent à une terminologie et à un agencement sexué. Monsieur se retirera dans son cabinet pour vaquer à ses affaires, quand Madame ira dans son boudoir pour s’adonner à des plaisirs oniriques, intellectuels, ou plus prosaïquement, charnels.


Le boudoir, comme lieu d’intériorité, est une véritable invention du XVIIIème siècle, que ce soit dans le terme, dans la forme ou dans l’usage. Le terme, tout d’abord, apparaît en 1740 dans le dictionnaire de l’Académie Française, qui le dit familier, et le définit comme « petit cabinet où l’on se retire quand on veut être seul ». Le dictionnaire de Trévoux précisera en 1752 : « petit réduit, cabinet fort étroit, auprès de la chambre, ainsi nommé apparemment parce qu’on a coutume de s’y retirer pour être seul, pour bouder sans témoin, lorsque l’on est de mauvaise humeur. » Nous sommes encore assez loin d’une définition traduisant la réalité des usages et de la conformation de la pièce. L’académicien n’est pas plus prescripteur que l’architecte, dans cette première moitié du XVIIIème siècle, et c’est dans le champ de l’histoire sociale que l’on trouvera les éléments d’analyse les plus probants concernant le boudoir. L’Académie française attendra 1835 pour préciser l’acception du terme, précisant qu’il s’agit d’ « un cabinet orné avec élégance à l’usage particulier de ces dames ».
La forme et l’usage du boudoir peuvent quant à eux être déduits de l’étude de la littérature -principalement érotique-, des traités d’architecture, et dans une moindre mesure des relevés qui ont pu être faits dans un échantillon de demeures bourgeoises (Pardailhé-Galabrun). La littérature offre en effet une définition assez protéiforme et certainement pour partie fantasmée du boudoir. Dans les Tableaux des mœurs du temps, La Popelinière associe « boudoir » à « foutoir », ce qui est réducteur en plus d’être cru. D’autant que la description que le texte propose de la pièce donne à cette dernière une dimension plus consistante. Rétif de la Bretonne, dans Monsieur Nicolas, associe quant à lui le boudoir de Sade, dans La Philosophie dans le boudoir, à un « torturoir », analogie somme toute exacte dans l’usage qui en est fait, mais qui n’interfère pas dans sa conformation architecturale. Le boudoir peut être aussi qualifié d’ « oratoire », truchement qui ne fait, tout du moins dans la littérature qui nous concerne, aucun doute sur la destination de l’endroit. Entre « oratoire » et « foutoir », il existe une contradiction caractéristique de ce siècle empreint d’une gaze qui ne portait pas atteinte à la compréhension du lieu ni de son usage. Le boudoir, invention du XVIIIème siècle dans la lettre et dans la forme, est un lieu alternatif entre réalité et imaginaire, dont l’architecture et l’ornementation permettent introspection et voyages immobiles.

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L’étude de la littérature érotique et des romans-listes du XVIIIème siècle met en évidence le succès progressif du boudoir dans des situations fantasmées illustrant les représentations symboliques propres à l’endroit. Le roman précède incontestablement le traité d’architecture en la matière. En 1735, le Chevalier de Mouhy, dans La paysanne parvenue propose une des premières mises en scène d’un cabinet comme théâtre de scènes libertines, alors que Claude de Crébillon, en 1763, utilise pour la première fois le terme « boudoir » dans le Hasard au coin du feu pour désigner ce réduit à l’usage si particulier. L’idée, le concept et la mise en architecture de l’endroit qui nous préoccupe préexistaient à sa mise en mot. La Petite Maison, de Jean-François de Bastide, publiée dans sa première version en 1758, fit de l’architecture un personnage à part entière du récit, jouant un rôle prépondérant dans la dramaturgie, comme nous le verrons plus loin. Les descriptions extrêmement minutieuses précisent le rôle du lieu et prophétisent les préconisations que Le Camus de Mézières exposera dans son traité près de vingt ans plus tard. La nouvelle consiste en effet en la visite d’une de ces fastueuses constructions aménagée aux limites de la ville par une aristocratie soucieuse de recevoir amants et maîtresses loin du lieu de la sociabilité imposée et de la vie publique. Pour le Marquis de Trémicour, l’hôte de la Petite Maison, la visite de cette dernière vaut séduction. Mélite, qui se laissera séduire à mesure qu’elle en découvrira l’aménagement, ne traversera pas moins de deux boudoirs « qu’il est inutile de nommer à celle qui entre, car l’esprit et le cœur y devisent de concert ». Il existe une relation métonymique entre la petite maison et le boudoir. La première se cache en dehors de la ville, le second se niche dans un réduit à l’accessibilité compliquée, dans la demeure aristocratique.
A la suite de ces occurrences littéraires, la parution du traité d’architecture de Le Camus de Mézières codifiant architecture et décoration du boudoir fait office de synthèse de plusieurs décennies d’innovations sociétales et formelles. Dans un style littéraire propre à son siècle, l’architecte décrit successivement les pièces d’une maison destinées à éveiller sensations et passions, dans la tradition sensualiste initiée par Blondel. Il est aisé de rapprocher les propositions qu’il formule en ce qui concerne l’aménagement du boudoir des descriptions qui préexistent dans la littérature de l’époque. Quand l’architecte préconise, en 1780 « un genre où on voit régner le luxe, la mollesse et le goût », ne s’inspire-t-il pas directement, en plus de probables observations, de descriptions comme celles que l’on peut lire dans les romans de La Popelinière, Bastide ou Vivant Denon ? Mais si Le Camus de Mézières n’est pas précurseur, il fixe définitivement la décoration du boudoir, son ornementation, sa luminosité ainsi que son mobilier. Le caractère spécifiquement féminin ne lui échappe pas, aussi use-t-il de l’implicite pour le laisser entendre, en utilisant la même terminologie pour décrire le corps de la femme que le boudoir : « les contours en sont doux et bien arrondis, les muscles peu prononcés, il règne dans l’ensemble un suave simple et naturel nous reconnaissons mieux l’effet que nous ne pouvons l’exprimer. » (Le Camus de Mézières). Nous retrouvons le même type de contradiction dans l’architecture du boudoir que dans la terminologie qui lui est associée, et que nous avons précédemment mentionnée (oratoire/foutoir). Alors que ce cabinet devait échapper aux regards, il affiche un luxe ostentatoire générant chez sa propriétaire une irrésistible envie de le faire admirer ; « Elle est belle, ma niche ! », s’exclame La Comtesse à l’endroit de Montade, son trop impatient assaillant, après lui avoir offert une description détaillée du boudoir tout juste « ajusté » (La Popelinière). Signe extérieur de richesse et élément obligé de la mondanité aristocratique, le boudoir devient un des hauts lieux de la littérature et se voit exploité par tous les genres. Il existe d’ailleurs un hiatus entre la surreprésentation du boudoir dans la littérature et le peu d’occurrences observées dans les enquêtes sociologiques. L’étude d’Annik Pardailhé-Galabrun, qui a pris pour échantillon 3000 foyers parisiens aux XVIIème et XVIIIème siècles, atteste la prédominance du cabinet, et ne dénombre qu’une dizaine de boudoirs indexés dans les relevés notariés, précisant que cette pièce n’est pas spécifiée sur les plans antérieurs à 1760. Notons qu’elle ne figure pas davantage dans les planches de l’Encyclopédie datant de 1751.
Dans la codification et l’évolution de cette pièce vraisemblablement plus fantasmée qu’observée, le rôle de l’architecte se situe dans sa capacité à percevoir les évolutions probables des usages et des pratiques. Il fait alors des propositions qui sont en même temps des recommandations pédagogiques, voire des « traités de savoir-vivre dans les lieux » (Eleb Debarre).



Si le traité d’architecture semble, en codifiant les normes du boudoir, prendre acte d’une réalité bien installée dans les usages, il n’a pour autant pas été innocent dans cette volonté qu’avait le XVIIIème siècle d’associer sentiments et sensations. La Distribution des maisons de plaisance, de Blondel (1736-1738), est un véritable manifeste sensualiste, qui va peser dans l’évolution des mœurs et dans leur traduction dans la pierre. L’homme n’est que sensations, avertissaient les philosophes empiristes, or l’architecture épouse les sentiments et les émotions. La littérature illustrera cette théorie en faisant du boudoir non plus seulement le théâtre de l’action, mais un véritable agent de la dramaturgie. Dans Point de lendemain, de Vivant Denon, tout l’effet littéraire est concentré sur le décor. La collaboration romancier/architecte peut d’ailleurs prendre un tour bien plus intime, en témoigne le travail commun de Bastide et Blondel autour de « L’Homme du monde éclairé par les arts ». Il n’est donc pas hasardeux d’assister à une transposition des théories sensualistes dans les expériences littéraires.
Dans les demeures aristocratiques, le cabinet et le boudoir sont les plus petites, les plus intimes et les plus précieuses divisions spatiales. La réduction des espaces correspond à une tendance constante à réduire la distance entre les corps. La description de la spatialité dans le roman « tend en général à donner l’impression d’un ordre convergent, chaque élément contribuant à la fonction d’ensemble en jouant sur des ordres de sensations différents : la vue, l’ouïe, le goût, l’odorat », nous dit Henri Lafon (Lafon). La vue reste néanmoins le sens privilégié. Dans le boudoir comme dans la petite maison, l’architecture ne crée pas le désir, elle le soutient. Chez Bastide, lorsque Mélite accède au dernier boudoir, elle se trouve être plus préoccupée par les assauts de son hôte que captivée par la décoration, qui pourtant entretient son trouble. L’organisation de l’espace est davantage employée pour dire le désir que pour le faire naître. Le boudoir, par sa conformation et sa décoration, combine en outre deux qualités : la possibilité d’isolement et la déréalisation. L’atmosphère qui y règne est très éloignée du réel et confine au merveilleux. L’architecture n’est pas le seul ressort aphrodisiaque de l’endroit, qui est aussi fréquemment l’écrin de peintures érotiques, jouant de l’effet mimétique provoqué par la représentation de l’acte amoureux. La Morlière, dans Angola, met : « sur des panneaux des aventures galantes rendues avec une expression parfaite : aucune d’elles ne peignait les rigueurs, elles étaient bannies, même en peinture, de ce lieu de plaisir » (La Morlière).

Le recours à la description architecturale est en outre un truchement qui permet de décrire indirectement l’action des corps : on décrit l’espace parce qu’on ne peut décrire ce qui s’y passe. Le plaisir sexuel y est représenté en termes d’expérience esthétique, la beauté devient un alibi moral à la transgression, et l’émotion esthétique une propédeutique au plaisir physique. Dans La Petite Maison, de Bastide, toute l’intrigue se réduit à une entreprise de séduction doublée de la description d’une « petite maison » destinée aux plaisirs et ornée d’œuvres d’art venant solliciter tous le sens des deux principaux personnages. Le discours de la séduction est substitué par une minutieuse description architecturale et décorative de son intérieur, les sensations étant source et mobile de toutes les impressions de Mélite, qui sont à chercher dans les œuvres d’art. Ces dernières participent d’une esthétique expérimentale chez Mélite, qui se règle sur les principes de la philosophie sensualiste. A la visite du premier boudoir, « Mélite était ravie en extase. (…) sa langue était muette, mais son cœur ne se taisait pas. » nous dit Bastide (Bastide 116). A mesure que la nouvelle progresse, sentiments et sensations se répondent. La visite du boudoir permet de mettre en évidence le trouble à la fois esthétique et corporel qui s’empare de Mélite, laquelle : « …n’osait plus rien louer ; elle commençait même à craindre de sentir. Elle ne dit que quelques mots, et Trémicour aurait pu s’en plaindre, mais il l’examinait et il avait de bons yeux. » (Bastide 115) Mélite a peur de « sentir ». L’architecture, les œuvres d’art, font indéniablement appel aux sens, aux sensations. La doctrine architecturale de Blondel était sensualiste, les ressorts dramaturgiques employés par Bastide ne le sont pas moins. Il n’est pour autant pas le seul ni le premier à employer ce ressort. Déjà en 1761, dans L’heureux divorce, un des contes moraux de Marmontel met en scène une entreprise de séduction d’une jeune femme par un libertin, entreprise qui se confond proprement avec la visite d’une petite maison au bord de la Seine.



Considérant les éléments que nous venons de détailler, nous pouvons affirmer qu’en plus d’être une invention du XVIIIème siècle, le boudoir en est une illustration. Il a à ce point traduit dans le bâti les mœurs de son temps, que lorsque ces dernières faisaient l’objet de réprobation, il était lui aussi, ainsi que les doctrines architecturales qui le sous-tendaient, l’objet de critiques acerbes. Jean-Jacques Rousseau en fit l’incarnation du luxe moderne, qu’il dénonçait avec ardeur, suivi en cela par Louis Sébastien Mercier, entamant dans le même temps une croisade contre le vice. Dans Tableaux de Paris, ce dernier stigmatise les propriétaires de boudoirs au même titre que les architectes qui ont contribué à codifier la décoration du cabinet incriminé : « l’architecte, dit-il, a cherché des formes nouvelles ; et ce caractère d’élégance et de bizarrerie qu’on a imprimé aux bijoux,on l’a appliqué aux bâtiments modernes. On voit des colifichets au détour fantasque, et les palais sont devenus des bagatelles. » L’architecture, poursuit-il, « a prévu et satisfait toutes les intentions de la débauche et du libertinage ; les issues secrètes et les escaliers dérobés sont au ton dans les romans du jour ».
Le XIXème siècle ne perdra pas le boudoir dans la forme, malgré d’inévitables adaptations au goût du moment ; ce dernier va néanmoins se voir progressivement mais rapidement amputé de sa connotation érotique pour (re)devenir un simple cabinet à usage privé. Chez Balzac, il deviendra gothique, chez Hugo, musée à la gloire d’un passé flétri ; chez Baudelaire, enfin, il se muera en fumoir, « boudoir d’homme », pour reprendre les termes du poète. Après le vieillissement et du lieu, et du concept, s’en suivra la démolition, les constructions du XVIIIème siècle ayant été les premières victimes des spéculations et de l’urbanisme du siècle suivant.
Le boudoir en tant que concept a été le point nodal réunissant architecture et littérature du siècle des Lumières, faisant de l’architecte théoricien un fin observateur des mœurs de son époque et du romancier un metteur en scène habile traduisant en mot la réflexion sensualiste en matière d’analyse du langage plastique.


BIBLIOGRAPHIE


Bastide, Jean-François de, La petite maison, Paris, Gallimard, 1995

Blondel, Jacques-François, De la distribution des maisons de plaisance, et de la décoration des édifices en général, Paris, A. Jombert, 1737-1738

Blondel, Jacques-François, L’homme du monde éclairé par les arts, Reprod. en fac-sim. de l’éd. : Amsterdam, 1774 ; Genève, 1973

Chevalier de Mouhy, La Paysanne parvenue ou Les Mémoires de Madame la Marquise de L** V** ; établissement du texte et présentation de Henri Duranton ; Texte établi d’après l’édition d’Amsterdam, 1739, [édité par la] Société française d’étude du XVIIIème siècle, Saint Etienne, 2008

Eleb, Monique, Debarre, Anne, Architectures de la vie privée, maisons et mentalités aux XVIIIème et XIXème siècles, Paris, 1984

Flandrin, Jean-Luc, Familles, parenté, maison, sexualité dans l’ancienne société, Paris, Librairie Hachette, 1976

Lafon, Henri, Espaces romanesques du XVIIIème siècle, Paris, 1997

La Morlière, Jacques-Rochette de, Angola, histoire indienne, histoire sans vraisemblance, 1746, éd. J.-P. Sermain, Desjonquières, 1991

La Popelinière, Claude de, Tableaux des mœurs du temps dans les différents âges de la vie, texte repris dans Romanciers libertins du XVIIIème siècle, Paris, NRF, 2007

Le Camus de Mézières, Nicolas, Le génie de l’architecture ou l’analogie de cet art avec les sensations, Paris, 1780

Marmontel, Jean-François, Contes moraux, Paris, 1775

Mercier, Louis-Sébastien, Tableaux de Paris, Paris, 1781

Pardailhé-Galabrun, Annik, La naissance de l’intime, 3000 foyers parisiens XVIIème – XVIIIème siècles, Paris, 1988

Perrot, Michelle, in Architectures de la vie privée, maisons et mentalités aux XVIIIème et XIXème siècles, Eleb Monique, Debarre Anne, Paris, 1984

Retif de la Bretonne, Nicolas-Edme, Monsieur Nicolas, Paris, Société du Mercure de France, 1925

Vivant Denon, Point de lendemain, première éd. 1812 ; Paris, Gallimard, 1995

03.07.2008

Citation du jour

Très immodeste d'ailleurs: "La bibliothèque de certaines personnes propose un échantillon assez représentatif de tout ce que je dois éviter de lire..."

L'auteur souhaite garder l'anonymat :-)

02.07.2008

Ciation du jour

"Ceux qui aperçoivent la lumière avant les autres sont condamnés à la poursuivre en dépit des autres."

Christophe Colomb

Soirée Béjart à l'Opéra de Strasbourg

cae8d425589fbcb5e890b0167f69c9d8.jpgBÉJART !

Critique à venir... le temps de l'écrire.

VARIATIONS POUR UNE PORTE ET UN SOUPIR
Pierre Henry
ENTRÉE AU RÉPERTOIRE
Création le 22 octobre 1965 au Théâtre Royal de la Monnaie à Bruxelles


SONATE À TROIS
Belà Bartók
ENTRÉE AU RÉPERTOIRE en 1997
Création le 4 mai 1957 au Théâtre d’Essen


LE MARTEAU SANS MAÎTRE
Pierre Boulez
ENTRÉE AU RÉPERTOIRE en 2004
Création en janvier 1973 à la Scala de Milan
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« J’ai eu l’impression de passer à travers un
mur deux fois dans ma vie. Et chaque fois,
grâce à la musique. Avoir d’abord entendu le
son de la musique concrète, puis avoir connu
l’analyse boulezienne, m’a permis d’aborder
vraiment les autres musiques. »


MAURICE BÉJART PAR MAURICE BÉJART, Colette Masson et Gérard Mannoni

De Maurice Béjart, tout le monde connaît les grandes pièces : Le Sacre du printemps, L’Oiseau de feu, Le Boléro, la Messe pour le temps présent ou La Neuvième Symphonie. Le Ballet de l’Opéra national du Rhin a délibérément choisi de proposer un autre éclairage sur un Béjart moins connu, plus intimiste, mais tout aussi inventif, sur cet artisan qui, dans son atelier, explore avec gourmandise les relations entre littérature, théâtre et musique avec un sens unique du spectacle qui fait de lui une figure de proue de la danse de notre époque.

18.06.2008

La danseuse Cyd Charisse est morte aujourd'hui...

8abb06f61183095fa6e474bc36f4388d.jpgAujourd'hui, Cyd Charisse est morte...


Cyd Charisse, de son vrai nom Tula Ellice Finklea, est née le 8 mars 1922 à Amarillo, Texas. Celle qui est depuis devenue la plus grande danseuse de l'histoire du film musical américain, a commencé par étudier et pratiquer la danse classique. Elle a fait ensuite partie des ballets russes de Monte-Carlo et a travaillé avec David Lichine et Leonid Massine sous les pseudonymes de Maria Istomina et Felia Sidorova. Elle épouse, en 1939, son ex-professeur, le danseur Nico Charisse. En 1943, à la demande de David Lichine, elle fait ses débuts à l'écran dans un ballet de "Something to shout about", sous le pseudonyme de Lily Norwood. La même année, elle incarne une danseuse du Bolchoï dans "Mission to Moscow", de Michael Curtiz. Le chorégraphe Robert Alton et le producteur Arthur Freed l'engagent pour danser avec Fred Astaire dans "Ziegfeld Follies", de Vincente Minnelli, et elle signe un contrat de sept ans avec la MGM. En 1945, "The Harvey Girls", de George Sidney, avec Judy Garland, lui permet de montrer ses talents de comédienne.


Le début d'une carrière09859947a3643d68a829bc13f74a02de.jpg

Pendant quelques années, elle va apparaitre régulièrement dans les numéros dansés de comédies musicales dont les vedettes sont Judy Garland, Esther Williams et Kathryn Grayson. En 1948, elle épouse en deuxièmes noces le chanteur Tony Martin. 1949 est la date de son premier rôle dans un fil non musical : "Tension", un policier de John Berry, que suit "Ville Haute, Ville Basse", de Mervyn LeRoy, avec Barbara Stanwyck et James Mason. Elle est espagnole dans "Le signe des renégats" (Hugo Fregonese, 1951), où elle danse avec Ricardo Montalban, et indienne en 1952 dans "Au pays de la peur", un western d'Andrew Marton.


Les grands films


Mais sa gloire commence en 1952 avec son admirable apparition dans la scène du Broadway Melody Ballet, avec Gene Kelly, dans le plus célèbre des films musicaux : "Chantons sous la pluie", de Gene Kelly et Stanley Donen. Sa robe blanche dans la séquence onirique, sa coiffure à la Louise Brooks et sa silhouette dans la première partie de ce ballet sont une révélation pour beaucoup. Le talent et la beauté de Cyd Charisse dans ce film font d'elle une des vedettes inoubliables de "Chantons sous la pluie", malgré l'apparition somme toute assez courte qu'elle y fait et l'anonymat de son personnage dans le scénario. Cette manière d'être double sera également utilisée par Vincente Minnelli dans "Tous en scène" (1953), dont, consécration suprême, elle partage la vedette avec Fred Astaire. "Chantons sous la pluie" et "Tous en scène" sont les deux sommets de sa carrière, et des numéros comme le Broadway Melody Ballet et, dans le second film, Dancing in the dark et The Girl Hunt Ballet font partie de toutes les anthologies de la comédie musicale.

Cyd Charisse sur le devant de la scène

Devenue vedette à part entière, Cyd Charisse retrouve Gene Kelly dans un musical féerique de Vincente Minnelli, "Brigadoon" (1954), exécute un de ses plus beaux numéros dans "Au fond de mon coeur" de Stanley Donen et apparaît au sommet de sa beauté et de son talent dans "Beau fixe sur New York", de Gene Kelly et Stanley Donen. En 1957, elle reprend le rôle créé en 1939 par Greta Garbo, dans la version musicale de Ninotchka que dirige Rouben Mamoulian : "La belle de Moscou". Avec Fred Astaire, elle y exécute quelques-unes des danses les plus élégantes de sa carrière. En 1958, elle est la "Party Girl" du film homonyme de Nicholas Ray. Ses deux ballets sont admirables, mais elle est aussi surprenante dans ce rôle très dramatique du dernier de ses grands films musicaux. De sa fin de carrière, on retiendra surtout son rôle de vamp dans "Quinze jours ailleurs", de Minnelli. Cyd Charisse est ensuite apparue régulièrement dans des shows télévisés, avec son mari, Tony Martin, mais également sur scène, à Las Vegas (également avec Tony Martin), à Londres, à New York et à Melbourne, où elle était à l'affiche de comédies musicales ("No, No, Nanette", "Charlie Girl", "Illya Darling" et "Grand Hotel").

Cyd Charisse est décédée le 17 juin 2008 à Los Angeles, en Californie.

A la faveur d'une grève sur Inter...

3d58a12f5ea4245432d1f4ad85491237.jpg...et d'un trajet de 100 km seule, dans ma voiture...

Vous la connaissez, vous, la méchante ritournelle que vous entendez tout le temps et partout sans l'avoir décidé, qui vous obsède, et dont vous n'êtes pas fichu de connaître l'interprète?
Hier, donc, à la faveur d'une grève sur Inter, Top Music a eu ma préférence, et je suis "retombée" sur ce titre. Peut-être m'est-il plutôt "retombé" dessus. C'est mon coup de coeur "Nouvelle Scène Française" du moment, et dès que j'ai un instant je vais m'acheter le CD pour voir si le reste des titres tiennent leurs promesses.
Quelques titres dans leur intégralité sur myspace: http://www.myspace.com/maussmauss
site officiel: http://mauss.artistes.universalmusic.fr/, pour connaître l'artiste, sa bio, son univers...52009d3806bc6ccae7b25ec4577b6394.jpg

Un duo d'apparence assez légére a pour l'instant ma préférence, je vous conseille de l'écouter sur myspace, sans oublier d'autre titres plus rock, bien écrits, et remarquablement assumés.
Allez voir le clip, très très bon selon mes critères. Très loin de la bluette, aussi, plus proche de la déchirure sous-jacente exprimée par les paroles et l'intonation parfois crue des deux chanteurs. Un faux tube de l'été. Un vrai bon single: http://www.dailymotion.com/video/x2uwce_mauss-je-recherche-clip_music

Je crois t'avoir vu, Mauss et Charlie, 2008

{Lui:}
Je crois t'avoir vu le long d'un trottoir, même qu'il pleuvait des cordes
Mais je crois t'avoir vu au bas d'un immeuble, boulevard de Vérone
Je pensais t'avoir plu un beau jour de juin où l'on marchait tout comme,
Comme deux amants perdus qui n'ont peur de rien puisqu'ils croient encore

{Elle:}
Mais je crois t'avoir vu le long d'un trottoir, tu étais ivre mort
J'ai pensé n'avoir plus à lever la tête et à soulever ton corps
J'espérais t'avoir cru quand tu disais qu'un jour on fuirait vers le nord
Comme deux amants perdus qui n'ont peur de rien puisqu'ils croient encore

{Refrain:}
Mais c'était juste une ombre
C'était juste une silhouette qui ressemble à toi
C'était juste une ombre
Je recherche quiconque te ressemblera
Mais c'était juste une ombre
C'était juste une silhouette qui ressemble à toi
C'était juste une ombre
Je recherche quiconque te remplacera

{Lui:}
Je crois t'avoir vue, tu embrassais un homme au milieu d'une arène
{Elle:}
Je crois que t'as confondu, était-elle blonde ou brune ? La trouvais-tu mignonne ?
{Lui:}
Mais je crois t'avoir vu croisant son regard, la main sur son épaule
{Elle:}
Je crois que t'as confondu, c'est pas la première fois que ton cerveau déconne

{au Refrain}

{Lui:} Mais je crois t'avoir vu
{Elle:} Pas plus tard qu'hier
{Lui:} Je te distingue dans le monde
{Elle:} Des images de toi
{Lui:} J'en vois vingt-cinq à la seconde
{Elle:} Je crois t'avoir vu
{Lui:} De mes propres yeux
{Elle:} J'en suis presque sûre
{Lui:} J'y mettrais ma main au feu

Mais c'était juste une ombre
C'était juste une silhouette qui ressemble à toi
C'était juste une ombre
Je recherche quiconque
Mais c'était juste une ombre
C'était juste une silhouette qui ressemble à toi
C'était juste une ombre
Je recherche quiconque te remplacera

{x4:}
Je recherche
Toi, moi

13.06.2008

L'un des hommes qui partage ma vie...

974e9270ad097bf8c07f990f9056e0e7.jpgDans mon salon trônent au mur huit Rothko, un Kandinsky et un Klein. Des repros évidemment. Une petite plaquette en émail achetée à Saint Malo, aussi, sur laquelle il y a écrit : « Attention chien bizarre » au dessus de la niche du chien, qui se trouve ressembler depuis quelques temps à la caverne d’Ali Baba. Mais ce n’est pas le propos…

Aujourd’hui je pars pour un périple qui me conduira Lundi à 10h10 à une échéance importante dont je n’arrive pas à me soucier. Hier, alors que j’avais du temps pour réviser, j’ai passé mon après-midi avec Marcus Rothkowitz, et ai réalisé que mon adhésion spontanée à la peinture de cet artiste n’avait rien d’un hasard. J’ai besoin de ces images tout autour de moi, partout où mon regard se pose. Je partage avec lui une certaine conception de l’art, et une exigence qui ne souffre aucune exception face à ce que j’attends de la vie. Aussi, je vous livre quelques citations, et vous encourage à aller vous documenter sur l’artiste. Faites un tour chez Pollock aussi. Colorfield painting, et Action painting…

« L’expérience tragique est la seule référence de l’art ». Mark Rothko

« Je souhaite affirmer sans réserve qu’à mon sens il ne peut exister d’abstraction d’aucune sorte. Chaque forme ou chaque zone de la toile qui ne possède pas la même réalité vivante que la chair et les os, qui n’a pas la même vulnérabilité, la même réceptivité à la joie ou à la souffrance, n’est tout simplement rien du tout. Un tableau qui n’apporte pas un environnement dans lequel peut s’insuffler le souffle de la vie ne m’intéresse pas. » Mark Rothko

11.06.2008

Benjamin Kiffel sur Myspace

54072767db6029a82a3bcfdb8385777f.jpgmyspace.com/benjaminkiffel

10.06.2008

Benjamin Kiffel

cae5edede0dd2ea127866f8576e38892.jpgA la demande de mes lecteurs, quelques photos et l'adresse du site. Vous l'avez compris, j'aime tout particulièrement le travail de cet artiste... http://kiffel.free.fr

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